date : 2008/02/10
titre : PQ : Comme un chat dans l'eau
auteur : Marilyne Lacombe

PQ : Comme un chat dans l'eau

On en a entendu des âneries et des bêtises depuis la sortie de Gérald Larose sur les gestes de souveraineté. Du retour absurde du référendum d’initiative populaire en passant par le supposé discours nationaliste d’un Parti québécois qui soudainement, et étrangement, semble vouloir se porter à la défense de thèses et d’idées qu’il avait tant combattues dans le passé, on voit que le Grand Bal de l’insipidité vient de repartir au sein des troupes péquistes. Tout est permis afin d’aller gruger un nouveau point dans le prochain sondage dans l’ultime but d’enfin pouvoir reprendre nos confortables sièges de gouvernement provincial, encore tout chauds.

Et ainsi fut semée la confusion…

 

Confusion sur le français

Voilà comment le Parti québécois, après tant d’années de jovialisme au sujet de la situation du français, a repris la défense de la langue française. Le français doit être la langue commune du Québec, nous dit Marois. Mais pas question qu’il y ait des Québécois qui ne sachent pas parler anglais! Le français se porte mal et n’est pas la langue choisie par les immigrants, nous dit Marois. Mais pas question d’étendre la loi 101 au cégep alors que plus de la moitié des allophones choisissent toujours de faire leurs études postsecondaires en anglais. Au contraire, il faudrait offrir plus de cours d’anglais au cégep et, pourquoi pas, nous dit Marois, offrir les cours d’histoire en anglais? Si l’on anglicise nos cégeps, les allophones ne verront peut-être plus l’utilité de fréquenter les institutions anglophones…Tout cela dans un contexte où la qualité du français, de plus en plus décriée, diminue dans la population. Et l’on devrait retenir de tout ça que le Parti québécois se porte de nouveau à la défense du français au Québec? Ne soyons pas si naïfs. Voilà comment le Parti québécois s’est mis à revendiquer pour le Québec un État francophone… bilingue.

Et ainsi fut semée la confusion…

 

Confusion sur la social-démocratie

C’est de cette même manière que Pauline Marois, lorsqu’élue chef du Parti québécois, nous a rappelé qu’elle se ferait représentante de la social-démocratie. Mais attention! C’était la social-démocratie de Pauline Marois, plus moderne et ajustée au contexte actuel. On ne savait pas trop de quoi il s’agissait, mais on nous assurait que ce qu’il fallait retenir, c’est que le nouveau Parti québécois ne serait pas à saveur néolibérale.  Enfin, aujourd’hui, alors que le Parti québécois semble toujours se dire social-démocrate et alors qu’officiellement, on n’en sait toujours pas plus sur la nouvelle formule « plus moderne » de la gauche de madame Marois, cette dernière livre depuis plusieurs mois un discours où il est question d’alléger le fardeau fiscal des entreprises, de limiter l’augmentation de la dette et de rendre plus attrayant l’investissement privé au Québec. Cela ne vous rappelle pas le discours de certains Lucides? Tout cela, rappelons-le, dans un contexte où la classe moyenne croule de plus en plus sous le poids du fardeau fiscal alors que les grandes entreprises multiplient de façon vertigineuse leurs profits et ont diminué, au cours des 50 dernières, de plus de la moitié leur contribution aux impôts. Mais ça, le PQ n’en parle pas, évidemment.

On n’a pas plus entendu le PQ à propos de la vente de la Bourse de Montréal à la Bourse de Toronto. On n’a pas plus entendu le PQ sur les récents propos du président de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDP), Henri-Paul Rousseau, selon lesquels la CDP n’a pas comme mandat de contribuer au développement de l’économie québécoise, mais seulement d’assurer des rendements optimaux pour les Québécois. Nada… absolument rien sur des sujets pourtant essentiels quant à l’indépendance économique de notre État.

Et l’on devrait retenir de tout ça que le Parti québécois compte toujours se faire le tenant de la gauche et de la défense de la souveraineté économique du Québec? Ne soyons pas si crédules. Voilà comment le PQ en est venu à revendiquer un Québec social-démocrate… néolibéral.

Et ainsi fut semée la confusion…

 

Confusion sur la souveraineté

Et maintenant, pour couronner le tout, depuis que Gérald Larose est sorti en affirmant que pour sortir de l’impasse référendaire, un gouvernement indépendantiste se devrait de construire son propre cadre juridique, rapatrier tous les pouvoirs normalement dévolus à l’État et ainsi construire son indépendance sur son territoire, le PQ semble découvrir pour la première fois qu’en dehors du référendum, le salut est possible, et ce, bien qu’il ait combattu depuis toujours cette thèse à l’intérieur du parti. Enfin, des gestes de souveraineté seront nécessaires, nous dit aujourd’hui Marois. Or, force est de constater que soit le Parti québécois n’a pas fait ses devoirs, soit le Parti québécois cherche encore une fois à semer la confusion. En effet, il y a deux mondes entre ce que dit Gérald Larose et les autres tenants des gestes de souveraineté et ce que dit Marois. Ce qui nous ramène à la question suivante : qu’est-ce qu’un geste de souveraineté?

Il s’agit de la façon de gouverner d’un gouvernement national, c’est-à-dire un gouvernement qui gouverne en fonction des intérêts de la Nation peuplant son territoire. En ce qui concerne le cas du Québec, cela veut dire que le gouvernement ne poserait pas des gestes en fonction de la constitution canadian, mais bien en fonction de nos intérêts. De facto, ce gouvernement devrait donc créer un cadre juridique québécois afin de sortir du cadre étranger dans lequel nous sommes actuellement, rappelons-le, coincés, contre notre propre gré. Ce gouvernement pourrait donc, par exemple, créer une caisse de chômage québécoise — la nôtre étant actuellement pillée par le gouvernement fédéral — ou légiférer en matière d’OGM — bien que près de 90 % de la population souhaite que le gouvernement québécois légifère afin d’obliger l’étiquetage des OGM, celui-ci s’entête à ne pas bouger puisque le fédéral refuse de mettre en place une telle mesure.  La force et la volonté d’un gouvernement national pour un État comme le Québec, qui aspire à devenir indépendant, seront d’ailleurs les éléments-clés qui permettront son affranchissement. Rappelons que l’ONU reconnait pour tous les peuples le droit de disposer d’eux-mêmes. Cependant, notons que le droit international privilégie les États existants lorsqu’il n’y a pas présence de domination coloniale ou d’exploitation d’un peuple par un autre. Ainsi, pour les États comme le Québec, qui revendiquent leur indépendance, le droit international ne permet pas formellement la sécession, mais ne l’empêche pas non plus si l’État en question fait ses preuves et démontre qu’il détient le « contrôle effectif du territoire ».

La souveraineté ne doit pas seulement être déclarée, mais elle doit aussi s’imposer dans les faits. […] le droit international coutumier, relatif à la reconnaissance des nouveaux États, sanctionne a posteriori l’exercice efficace de l’autodétermination. Dans ce domaine, le droit cède le pas à la réalité politique, ou vient légitimer cette réalité après que celle-ci se soit établie de façon indéniable

écrivait Benoit Pelletier, l’actuel Ministre libéral des Affaires intergouvernementales canadiennes et avocat, il y a de cela quelques années dans les pages du Devoir. Voilà donc l’importance de poser de vrais gestes de souveraineté, voilà l’importance de se doter d’un gouvernement national.

En ce qui concerne ce que propose Pauline Marois, c’est une tout autre chose. Pour madame Marois, il n’est pas question d’aller en dehors des limites imposées par la constitution canadienne et l’adoption d’une constitution ou d’une citoyenneté québécoise ne devrait être que symbolique et appliquée à l’intérieur du cadre constitutionnel canadian. Voilà qui est dangereux. Affirmer qu’il faille respecter absolument le cadre constitutionnel canadian revient à reconnaitre la constitution canadian alors que même les gouvernements les plus « mous » de l’histoire du Québec n’ont jamais consenti à commettre un tel geste. En fait, agir selon la légalité canadian ce n’est ni plus ni moins que du fédéralisme! En agissant ainsi, on se dirigerait tout droit vers un cul-de-sac. Enfin, voilà comment le Parti québécois s’est retrouvé à défendre l’indépendance du Québec… dans le cadre constitutionnel canadian.

Et ainsi fut semée la confusion…

 

Comme un chat dans l’eau

Enfin, à force de le voir aller, le Parti Québécois me semble de plus en plus au bord du gouffre, lançant jour après jour tout un ramassis d’idées récupérées, remâchées et renvoyées sur les lignes des journaux. À le voir aller se débattre, décrier et crier n’importe quoi, n’importe quand et dans tous les sens, le PQ ressemble de plus en plus à un chat dans l’eau qui lutte pour sa survie…

Marilyne Lacombe, étudiante