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date : 2007/12/20 titre : Le Nous est existentiel auteur : René Marcel Sauvé
Le Nous est existentiel
Qu'il soit employé comme simple pronom ou comme l'expression d'une âme collective, le Nous a le même sens. Il est existentiel. En langue savante, on dira ontologique. Il est une condition sine qua non de l'existence, définie comme Relation en Acte et en Puissance. Il n'est pas une idée, une idéologie ou un système. Les Suédois disent : « Les Suédois c'est nous. » C'est ainsi que débutent les dépliants touristiques sur la Suède. Et personne ne trouve à dire ni à redire. Leur Nous est l'expression de leur existence collective, qui comprend un territoire, une histoire, une conscience, un savoir, un pouvoir et un vouloir. Supprimer ce nous revient à supprimer la Suède.
Aristote définit le Nous comme l'âme, la source intangible, insaisissable, innommable de la vie. Le Je est isolé sauf que, en disant Je, il prend conscience de sa présence et peut aller vers le Tu. Le Je qui se cherche un Tu cherche une relation sans laquelle son existence n'a aucun sens ni dynamique. Nul ne peut exister ni agir seul. Chacun-e ne peut exister et agir que par les autres et inversement. C'est un Je et Tu qui a commencé notre arrivée au monde. Ce sont encore des Je et Tu faisant un Nous qui ont maintenu cette existence en Acte et en Puissance, jusqu'à acquérir plein potentiel d'agir indépendamment, ce qui veut dire d'acquérir l'aptitude et la capacité de choisir ses dépendances et la source de leur satisfaction. Le Nous est donc âme et vie.
Ce Nous québécois, c'est le résultat de 400 ans de relations communes avec un territoire, une histoire, des savoirs, des pouvoirs longuement et lentement acquis et finalement, une volonté de dire Nous et d'agir en tant que Nous, en pleine conscience et responsabilité de nos pensées, nos paroles et nos actes. Rome ne s'est pas fait en un jour. Le Québec non plus ne s'est pas fait en un jour. L'existence et la vie sont Relations en Acte et en Puissance et comme chacun de nous est limité, alors la Relation qui fait le Nous ne peut surgir que peu à peu, selon les circonstances telles qu'elles se présentent dans le temps et dans l'espace. De sorte que chaque Nous qui a surgi au cours de l'histoire de l'humanité est absolument unique et identique à lui-même et à lui-même seul, suivant un processus sui generis universel et par conséquent unique d'une part et toujours le même de l'autre. Chaque collectivité qui a atteint le statut du Nous est absolument unique et identique à elle-même et elle-même seule.
Puisque nous avons atteint le statut du Nous par nous-mêmes et pour nous-mêmes, étant devenus une nation par le fait d'une osmose territoriale poursuivie pendant quatre siècles, et ayant de plus construit les assises de notre propre État, alors il faut comprendre que nos adversaires vont s'y objecter de toutes leurs forces et par tous les moyens, y compris les coups les plus bas et les mesures les plus dégradantes. Inutile, futile et dangereux de nous mettre en colère et faire leur ignoble jeu. Mieux vaut rester de glace et poursuivre notre progression, en sachant qu'une victoire majeure approche, les circonstances faisant notre jeu et compensant largement pour notre faiblesse numérique et notre manque de moyens.
Par dessus tout, poursuivons notre apprentissage des principes qui gouvernent toute stratégie d'État. Ils ne sont ni scientiques, ni logiques au sens discursif du terme. Ils sont existentiels et font déjà partie intégrante de notre Nous. Nous les avons mis en pratique sans nous en rendre compte. Nous devons maintenant apprendre à les mettre en pratique en pleine conscience de contextes, de situations, d'objectifs à définir, d'un moral collectif à maintenir, car nous ne pourrons réussir à moins de connaître à fond les mécanismes intangibles du moral humain. De plus, nous devons apprendre à agir et atteindre nos objectifs avec une économie de moyens, par la concentration de l'effort, la simplicité dans l'action, la coopération (difficile à obtenir au Québec), la coordination et une connaissance poussée de la logistique et de l'administration d'État.
Nous, Québécois, ne manquons pas de belles lettres, d'habiletés techniques, de bons écrivains, d'organisateurs, d'administrateurs, de scientifiques et d'organisation. Il nous manque encore cette culture d'État (selon Julien Jaune) qui donne au Nous tout son sens et toute sa puissance d'action. Rappelons-nous que la puissance est dans les limites et ne craignons pas les difficultés que vont faire surgir nos ennemis séculaires. C'est dans l'épreuve que se forgent les grands caractères qui changent la face du monde.
Joyeux Noël et bonne année 2008
René Marcel Sauvé, géographe
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