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date : 2007/05/09 titre : Avoir de la volonté politque auteur : Marilyne Lacombe
Avoir de la volonté politque
« — Avoir de la quoi vous avez dit?
— De la volonté politique...
— Ah... connais pas! »
En effet, le courage et la volonté politique ne sont pas à la mode du jour ces temps-ci. On ne s’étonnera pas de voir autant de Québécois plongés dans le désabusement général devant la mollesse exaspérante de notre classe politique. Le portrait est bien triste à regarder. Les dossiers chauds sont relégués aux tablettes, une fois bien maquillés de « mesures-bonbons » servant à berner la population. On cherche le consensus qui n’existe pas. On veut faire des référendums. On veut l’accord du Grand Maître fédéral. Sinon, on trouve toujours une bonne raison pour sombrer dans l’attentisme. Mais surtout, on n’agit pas. On ne bouge pas. Il ne faut pas déplacer un grain de poussière. Nous n’en aurions pas les moyens de toute façon. Finalement, il faut être sage et demander la permission à nos chaperons. Ne soyons pas dupes! Nous avons les moyens de nos ambitions. Nous avons droit à un État aux services des citoyens, et non le contraire. Nous avons droit à un État qui n’est pas à la merci de l’État canadian. Ce qu’il manque, c’est un peu de volonté et de courage de la part de nos politiciens. Voilà qui est d’autant plus vrai dans le dossier de l’étiquetage des OGM, où l’immobilisme et l’aplatventrisme ont atteint des niveaux records.
D’abord, les faits. L’étiquetage des OGM a récemment atteint un sommet d’appuis dans la population québécoise. Selon un sondage Léger-Marketing, près de 9 québécois sur 10 sont d’accord avec cette mesure. De plus, 97 % d’entre eux se disent d’accord pour que le PQ et l’ADQ appuient un tel projet si le PLQ le proposait.
En 2003, le Parti Libéral avait promis de légiférer en ce sens. Évidemment, on attend toujours, puisque le gouvernement fédéral s’est formellement opposé à rendre obligatoire l’étiquetage des OGM. Jean Charest pourra se bercer encore longtemps dans sa chaise avant de pouvoir agir en commun accord avec le fédéral. Les provinces du ROC sont en désaccord et il se trouve, comme par hasard, que le Canada est l’un des plus gros producteurs d’OGM! Pépère Charest peut continuer de se bercer longtemps… Il est tellement sécurisant de savoir que quelqu’un décide à notre place.
Enfin, on ne se surprend pas de voir Jean Charest et le Parti Libéral du Québec se mettre encore une fois à la merci du gouvernement canadian, alors que la population québécoise réclame clairement et presque unanimement le droit de savoir ce qui se trouve dans son assiette. Demande tout-à-fait légitime par ailleurs. Il y a cependant bien pire : la position du Parti Québécois. Ne vous inquiétez pas, ce n’est pas le fédéral qui empêcherait un gouvernement du Parti Québécois de légiférer dans le secteur des OGM. Non, non! La responsabilité incomberait plutôt à Washington! En fait, bien que les membres du PQ aient voté en faveur de cette mesure au cours de la dernière année, les ténors du parti s’opposent à ce que le Québec rende obligatoire l’étiquetage des OGM sans consensus avec Ottawa et Washington! Voilà ce qu’on appelle manquer foncièrement de courage, et par-dessus tout, être en total contradiction avec ses propres convictions. Le Parti Québécois est sensé s’être donné comme vocation la construction d’un État indépendant, et voilà qu’il s’atèle déjà à se mettre à genou non pas seulement devant l’État colonial canadian, mais devant l’État impérial étatsunien. Ça promet.
Et maintenant?
Avec la démission de M. Boisclair et l’arrivée certaine de Mme Marois, le paysage politique pourrait bien changer au Parti Québécois. Le prochain chef doit être déterminé et courageux. La construction d’un État indépendant passe par la volonté de prendre ses décisions soi-même et par le courage de ne plus reléguer ses responsabilités aux autres. Le cas de l’étiquetage des OGM prouve à quel point nous n’allons pas dans la bonne direction. Pourtant, la situation actuelle nous permettrait d’entamer le travail. L’ADQ n’a cessé de radoter à qui voulait bien l’entendre à quel point elle souhaitait que le Québec devienne plus autonome. Ensemble, le PQ et l’ADQ forment la majorité à l’Assemblée nationale. Il faut en profiter et commencer à construire l’effectivité de notre État sur l’ensemble du territoire. Le Québec ne deviendra pas un pays du jour au lendemain, par l’effet magique d’un gros sondage gagné. Il est temps pour le mouvement souverainiste d’en prendre acte une bonne fois pour toutes.
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