date : 2007/04/15
titre : Le parti national
auteur : Willie Gagnon

Le parti national

La raison d’être de l’État est de garantir des droits. Le droit se décline en deux ordres : individuel et collectif. Autrement dit, le droit des personnes et celui des nations.

Durant sa très courte histoire, le parti québécois (PQ) a proposé de consacrer l’État du Québec à défendre, outre les droits individuels, le droit de deux groupes pour un temps proches parents : la gauche et la nation canadienne-française.

D’une part, le PQ agissait à titre de lobby de la gauche. D’autre part, le PQ agissait à titre de parti national.

Incidemment, les intérêts de la gauche et ceux de la nation étaient largement convergents. Le gouvernement de 1976 est issu de l’adéquation entre le programme du PQ et cet espace de convergence politique historique.

L’idée de réaliser l’indépendance du Québec est née au cœur de la nation canadienne-française pour une raison très simple : le Canada ne garantit pas ses droit nationaux. Le Canada n’a jamais garantit aucun autre droit national que le droit national canadien-anglais.

En transférant l’administration de ses affaires publiques de l’Église catholique romaine à l’État du Québec, la nation canadienne-française a fait le pari, avec la Révolution tranquille, de ce qu’un État où elle se trouve majoritaire serait mieux à même de défendre les divers droits nationaux qu’un État où sa minorité institutionnalisée consacre son inféodation séculaire.

Durant 20 (vingt) ans, cela a effectivement été le cas. De 1960 à 1980, l’État du Québec a proprement œuvré à garantir les droits et à défendre les intérêts de la nation en plus de ceux du peuple tout entier. La satisfaction de l’intérêt du peuple, en plus de ses divers intérêts nationaux, est en effet absolument essentielle à la réussite du projet de réaliser l’indépendance d’un nouvel État.

Or, aujourd’hui, tous ceux dont l’appartenance à un groupe quelconque se réduit à la seule nation canadienne-française ont choisi, pour les défendre, un autre parti que le PQ.

Ce constat est cinglant. Aussi, la raison en est très simple.

Le PQ a abandonné la défense des intérêts de la nation. Le PQ a abandonné l’idée de s’arranger pour que l’État défende les droits nationaux. Depuis beaucoup trop longtemps déjà, le PQ se limite, absolument, à ne jamais rien proposer d’autre que la défense des seuls droits individuels.

Le PQ a totalement renié la responsabilité que l’État du Québec a d’œuvrer à la garantie de tous les droits et à la défense de tous les intérêts nationaux EN PLUS de ceux du peuple.

Le PQ a créé un vide politique national. Ce vide est désormais rempli.

Voilà, essentiellement, la raison pour laquelle seules les comtés à forte dépendance face à l’État — les comté « sociaux-démocrates » des régions éloignées (toutes…) et du Montréal francophone — ont voté PQ. Ce qui reste aujourd’hui de la base électorale du PQ est maintenant réduite à ça : la « gauche », et encore.

Il ne faut pas s’en surprendre, loin s’en faut. Le PQ repousse les gestes nécessaires à la défense des droits et de intérêts nationaux APRÈS un référendum. Il est par conséquent parfaitement normal que le vote nationaliste lui échappe totalement.

Depuis beaucoup trop longtemps déjà, le PQ opère la plus totale disjonction entre l’indépendance de l’État — qui, depuis 1974, ne se résume selon lui à strictement rien d’autre que la tenue d’un référendum — d’une part et les gestes qu’il faut nécessairement poser pour la réaliser d’autre part.

Répétons-nous-le donc encore tous en chœur :

  • la réalisation de l’indépendance d’un nouvel État dure plusieurs années;
  • la réalisation de l’indépendance d’un nouvel État exige plusieurs gestes de souveraineté;
  • la réalisation de l’indépendance d’un nouvel État nécessite plusieurs Actes d’État.

L’indépendance d’un État n’a jamais été rien d’autre que l’exercice effectif du pouvoir dans toutes les sphères de compétences normalement dévolues à l’État.

Or :

  • garantir les droits individuels;
  • garantir les droits collectifs (nationaux);
  • défendre les intérêts nationaux;

n’est rien d’autre que l’exercice effectif du pouvoir dans toutes les sphères de compétences normalement dévolues à l’État.

Autrement dit, le rôle de l’État face aux nations autant que face au peuple exige que le gouvernement qu’il investit exerce effectivement le pouvoir dans toutes les sphères de compétences normalement dévolues à l’État.

Autrement dit, le rôle de l’État, quand celui-ci l’assume pleinement, mène nécessairement à son indépendance.

Voilà ce que c’est que l’indépendance nationale.

L’indépendance de L’État, c’est l’État qui agit en fonction des droits et des intérêts nationaux, en fontion des droits et des intérêts de toutes les nations. Autrement dit, c’est l’État qui agit en fonction des intérêts du peuple tout entier, librement.