date : 2007/04/11
titre : L’élection du rejet référendiste
auteur : Sasha-A. Gauthier

L’élection du rejet référendiste

« S’attaquer non pas à l’adversaire, mais à sa stratégie. »

— Sun Tzu

« Envahir les champs de compétence du fédéral un à un. »

— Me André Joli-Cœur

Le Mouvement pour une élection sur la souveraineté (MES) a appuyé sans condition le Parti Québécois (PQ) lors de la dernière élection. Les militants du MES, comme ceux du Parti Québécois, se sont engagés dans cette campagne. Ils y ont mis tout ce qu’ils avaient, que ce soit en terme de temps, d’énergie ou de moyens. Ils ont tout fait pour parvenir à la victoire finale, malgré les difficultés.

Le PQ a perdu les élections. Plus grave encore, le PQ a perdu son titre d’Opposition officielle. En conséquence, le PQ doit réagir rapidement afin d’éviter que ne se cristallise le comportement d’un électorat souverainiste de plus en plus sympathique au verbiage démagogique adéquiste.

Il faut l’admettre, Boisclair a fait une campagne « sans faute grave ». Il a sans doute été le meilleur des trois chefs lors du débat télévisé national. Il n’a pas cessé de parler du référendum sur la souveraineté tout le long de la campagne, ce que n’avait pas fait Landry en 2003. Il a incontestablement travaillé d’arrache-pied afin de donner à sa formation politique le pouvoir. Il y a certainement cru.

Mais le constat demeure le même. Il est brutal. le PQ a été écarté de la vie politique nationale. Il n’a obtenu que 28 % des suffrages, le pire résultat depuis des lunes immémoriales.

Il y a beaucoup de souverainistes au Québec. Du moins, 45 % des Québécois le sont actuellement selon les derniers sondages. Cependant, le PQ n’a récolté que 28 % des suffrages exprimés, ce qui correspond à seulement 20,2 % des Québécois. Autrement dit, 5 souverainistes sur 9 n’ont pas voté PQ. C’est la majorité, absolue.

La campagne a porté sur l’importance de la tenue ou non du référendum. La campagne n’as pas du tout porté sur la souveraineté en elle-même, en soi. De toute évidence, les gens ne trouvent plus le référendum crédible.

Nous, au MES, n’avons jamais cru que les Québécois tenaient à ce point au référendum. Par contre, ils ont soif de changement. Et dans notre système politique, le changement, c’est l’élection qui le détermine. L’élection est le référendum aux quatre ans que le PQ se refuse depuis toujours par le principe fallacieux d’un caratère démocratique supposé raffiné. Le peuple ne semble pas partager cette vision de la démocratie, puisqu’il rejette massivement l’outil référendaire, un « marteau » selon Jacques Parizeau. Il existe d’autres façons de réaliser un pays que le référendum. Il existe d’autre outils que le marteau pour bâtir une maison. En ce sens, il faut rappeler que l’élection est également une consultation populaire, qui de surcroît, est exécutoire.

Une méthode appropriée d’accession à la souveraineté est essentielle pour un parti qui se dit indépendantiste, et ce, pour deux raisons fondamentales.

1. la crédibilité du projet

Le Parti Québécois a longtemps crié « au loup » au sujet de la question nationale, à un point tel que la population en général a fini par y voir un simple faire-valoir électoral. Si nous voulons que le peuple appui un projet aussi ambitieux que celui de construire son propre État, nous devons expliquer honnêtement et clairement comment nous comptons y parvenir.

L’appui à la souveraineté oscillait entre 42 % et 46 % avant les dernières élections. Il était à 56 % lors l’arrivée de M. Boisclair comme chef de notre parti. Pourtant, en proposant aux électeurs un référendum, il n’a récolté qu’un maigre 28 %. M. Boisclair a sapé l’option à cause, entre autre, de la méthode qu’il a choisie.

La méthode des référendums de 1980 et 1995 était très différente. En 1980, deux référendums étaient prévus. Le premier portait uniquement sur le mandat de négocier avec Ottawa. Un deuxième référendum devait être organisé ultérieurement pour pouvoir déclarer l’indépendance. Les stratèges du parti de l’époque pensaient que le mandat « raisonnable » sollicité serait approuvé sans hésitation par la population. Ce ne fut pas le cas.

La méthode de 1995 était différente. Un seul référendum était prévu. On sait aujourd’hui que ce référendum a été volé. Le livre « Le référendum volé » de Robin Philpot en fait la preuve concrète. Cependant, le Parti Québécois n’a pas réagit au viol de la démocratie québécoise par le gouvernement fédéral, ce qui aurait normalement mérité une enquête sérieuse. De 1996 à 2003, aucune enquête…

Mais l’on s’obstine à vouloir organiser un nouveau référendum. Il est facile de comprendre le cynisme de la population et des militants indépendantistes face au PQ.

2. les moyens d’État et les promesses

Tout le monde le sait, les élections se gagnent à coup de promesses électorales. Cet aspect était largement déficient dans la campagne du PQ comme dans celle du PLQ, mais pas à l’ADQ. Des promesses irréalisables dites-vous? Possible. Mais ce sont ces promesses qui ont permis à Jean Charest de gagner en 2003. Tout comme elles ont permis à Mario Dumont de faire d’importants gains aujourd’hui.

Il était évident pour tous que ces deux partis, fédéralistes de surcroît, ne pouvaient remplir leurs promesses. Leur cadre financier est provincial. Ils doivent quémander leur marge de manœuvre à Ottawa. Mais les Québécois exigent de leur gouvernement national ce qu’un Français demande à la France, ce qu’un Allemand demande à l’Allemagne ou un Japonais à l’État japonais. Il est donc naturel que ces gouvernements fédéralistes échouent. Il est impossible de satisfaire les aspirations d’un peuple dans la moitié d’un État.

Pendant ce temps, au PQ, on demande religieusement, à une population sceptique de ses politiciens, de bien vouloir nous croire lorsqu’on affirme qu’elle n’aura tout ce qu’elle souhaite, que nous répondrons à ses aspirations légitimes, qu’après un OUI lors d’un hypothétique référendum. Ce scénario, nous venons de le constater par un rejet électoral massif, est désormais révolu.

Afin de promettre des projets ambitieux et de répondre aux aspirations légitimes du peuple, il faut générer une marge de manœuvre. Pour augmenter celle-ci considérablement, il faut commencer à investir les champs fédéraux dès l’élection. Cela n’est possible que dans le cadre d’un processus d’indépendance. Les projets ainsi devenus réalisables, ils devront prendre la forme de promesses électorales soumises à la décision du peuple souverain. En somme, il faut, comme le disait si bien Me André Joli-Cœur, « envahir les champs de compétence du fédéral un à un ».

Les Québécois votent pour celui qui en promet le plus. Surtout, ils votent pour celui qui réalise ses promesses. Comment leurs en vouloir? Ils sont même allés jusqu’à trouver de la crédibilité un nouveau parti qu’on voyait comme peu important jusqu’alors. Juste pour voir.

Revoir le cadre stratégique

Voilà pourquoi le PQ doit retrouver sa vitalité et le courage de ses premiers jours. Il doit revoir son approche référendiste. L’attentisme qu’il suppose devient un repoussoir chez nos concitoyens. Ainsi, le PQ doit au moins se réconcilier avec les mœurs et coutumes démocratiques québécoises. Le PQ doit réhabiliter le rôle de l’élection dans le mode d’accession à la souveraineté.

Cependant, beaucoup de gens au PQ cherchent encore, dans leur partisanerie attentiste aveugle, à diluer l’option. Faut-il mettre l’indépendance sur la glace? Faut-il inventer une nouvelle étape attentiste et laisser au peuple le soin de déterminer le moment du référendum via ce qui s’appelle l’initiative populaire? C’est pourquoi il faut clairement distinguer, ici, indépendance et référendum.

L’on cherche à nous faire croire que le référendum est l’option. Rien n’est plus faux. Le problème actuel n’en est qu’un de crédibilité. Comment peut-on reprocher aux québécois de ne plus croire au référendum quand celui-ci a maintes fois prouvé son caractère inaproprié. Nous ne sommes toujours pas indépendant.

C’est l’évidence, le fond du problème demeure le rôle de l’élection. C’est pourquoi il faut se réconcilier avec le rôle profondément démocratique et décisionnelle qu’est l’élection. Sans autre artifice que la prise du pouvoir. Personne ne questionne ou ne peut sérieusement questionner l’élection en tant que tel, comme on l’a fait avec le référendum lors des dernières élections. Sinon, c’est le fondement même de notre démocratie qui serait questionné.

C’est ce que l’on promet au peuple qui permet d’attirer ses sympathies. Ce sont toujours les promesses électorales qui concrétisent et résument un projet politique. Les marges de manœuvre de l’indépendance permettent à nos hommes d’État d’oser des tactiques pourtant interdites à nos adversaires, puisqu’ils doivent obéir à la logique canadian. Pourtant, de notre côté, l’on se refuse toujours ces tactiques audacieuses. Or, pour se permettre d’oser ces tactiques, il faut d’abord changer de stratgéie. Il est temps de changer de cadre. Il est maintenant grand temps de nous autoriser à réaliser l’indépendance dès l’élection. Voilà ce que le peuple exige de nous depuis le soir du 26 mars dernier.