date : 2006/12/23
titre : Le vent a tourné
auteur : René Marcel Sauvé
Mario Dumont sent que le vent a tourné. Il sent que le jeux des intérêts en cause d'un bout à l'autre du continent canadien, (J'ai bien dit continent) et des rapports de forces s'est radicalement modifié au cours des dernières années.
Une constitution ne vaut que dans la mesure où ce qui est écrit sur papier correspond à ce qui est écrit dans la logique inexorable des faits. Dans les conditions actuelles, le contenu des papiers ne correspond plus au contenu des faits accomplis par les provinces, qui ont acquis les assises de véritables États. La "balkanisation" du Canada n'est ni une théorie ni une idéologie. Elle est un fait accompli, non par la volonté des United Empire Loyalists, qui veulent le centralisme unitaire post-impérial de Bay Street et d'Ottawa mais par la force des circonstances et des événements.
Les savantasses diront que mes propos sont du "déterminisme". Ils ne font que dire ce qui est là , radicalement, par ipséité, par sémelfactivité, par le fait que le Canada est un continent, qu'il est peu accessible et peu habitable, Québec compris, qu'il a été colonisé sur le tard, la colonisation et le développement s'étant limités aux voies maritimes naturelles, très réduites par le froid et la glace, et surtout par le chemin de fer, linéaire et limité par les distances et les coûts énormes de l'entretien et des opérations, auxquels s'ajoutent les profits réduits qu'accaparent les oligarques de Bay Street.
Le temps efface les préjugés et confirme les lois naturelles, dit un proverbe arabe. C'est ce qui arrive maintenant, au terme de quatre siècles d'exploration lente et laborieuse et de défrichements tout aussi lents. Ce qui a finalement hâté le processus est le développement des nouvelles communications: camion, automobile, aviation, tv, développements techniques, satellites, ordinateurs, courriels et internet. Ces communications provoquent des développements exponentiels de la conscience pratique, fondement de la conscience universelle, qui contrairement à ce qu'on pense depuis le rationalisme des deux derniers siècles, n'est pas dans les nuages mais dans le concret vécu à chaque instant. Si le dieu de Nietszche est mort, Descartes aussi vient de mourir, de même Kant, Spinoza et Leibniz. On assiste au retour des philosophie concrètes, Aristote et les Médiévaux. Le bonheur est à terre, non en l'air.
Donc, l'avenir de la politique appartient aux régions. Les fédéralismes des deux derniers siècles, issus des philosophies des lumières renforcies par l'invention de la machine à vapeur, du chemin de fer, de l'hélice qui actionne les gros navires, tout celà doit plier aux nouvelles exigences, dont la miniaturisation de l'industrie, la nécessité de dépolluer l'environnement, le retour de la vie comme principale valeur, la recherche du bonheur dans le concret, les prises de conscience locales et régionales.
Mario Dumont a beau avoir des perspectives de "farmer" comme on lui reproche, il a quelquefois les pieds sur terre et cette fois-ci est celle qui fera déborder le vase qui mettra fin au fédéralisme unitaire.
Le Parti Québécois devra suivre et courir devant s'il ne veut pas être dépassé par Mario Dumont et le PLQ de Jean Charest, assez malin pour voir venir ce qui s'en vient et chercher à prendre tout le monde de court. Je connais Benoît Pelletier. Il connaît mes thèses et attend son heure. Jean Charest suivra car il a toujours suivi.
Le Parti Québécois se retrouvera beau Jean comme devant. Trop de conservatisme avec un petit c pour ne pas effrayer la galerie des fous. C'était le vice du Scottish National Party et ce vice est en train de se corriger. Au Royaume Uni comme ailleurs, les conditions ont radicalement changé. Ce sont les Anglais qui disent aux Écossais:"Scram" et les "pôvres" Écossais sont effrayés de devoir se mouiller.
Nous nous retrouverons indépendants par défaut, faute d'avoir vu venir ce qui était là en premier lieu. La pensée politique est complètement dans l'action, dit Aristote.
Récitez vos principes et mettez-vous les en tête.