date : 2004/06/01
titre : De facto et de jure
auteur : René Marcel Sauvé
source : http://cf.groups.yahoo.com/group/Pour-le-Pays-du-Quebec/ 

De jure et de facto

Réponse à Monsieur Salon

Monsieur Salon,

À vos questions précises au sujet d’un projet de constitution et de citoyenneté pour le Québec, je vais tenter de vous répondre, d’une manière aussi satisfaisante que peut le faire un géographe spécialisé en géopolitique, par conséquent en étude systématique des États tels qu’ils existent de facto, par opposition aux statuts pleinement reconnus de jure. Si ma réponse vous paraît ambiguë, je m’en excuse d’avance.

Il n’existe aucun effort officiel pour donner une constitution au Québec, ni pour créer la citoyenneté du Québec.

J’étais militant en 1976 au moment d’être retraité de l’armée et je travaillais dans Taillon, comté de René Lévesque (maintenant de Pauline Marois) lorsque nous avons obtenu la victoire-suprise des élections du 15 novembre, victoire à laquelle ni René Lévesque ni les autres militants ne s’attendaient ni étaient prêts à assumer. Plusieurs d’entre nous avons proposé d’introduire tout de suite un passeport québécois mais Lévesque a renvoyé la proposition du revers de la main. De même la citoyenneté et la constitution. Il fallait d’abord gagner un référendum à tout prix.

J’ai pris sa réaction très au sérieux et je me suis demandé pourquoi il avait refusé, ce avec quoi beaucoup de Québécois étaient d’accords.

René Lévesque a refusé par souci de l’observance de la LOI au pied du pied de l’archi-pied de la lettre. P. E. Trudeau n’a eu qu’à déclarer publiquement le soir du 15 novembre 1976 : « Monsieur Lévesque n’a pas reçu de mandat pour faire la souveraineté du Québec », pour que Lévesque paralyse en partant.

La peur d’être qualifié de « hors la loi », d’« outlaw », par les Anglo-Saxons, ceux du Canada, ceux des États-Unis-d’Amérique et ceux de l’Empire Britannique, ou Commonwealth si vous préférez, la peur qui paralyse était présente à ce moment, peur entretenue par l’ignorance du sens, de la signification, de la portée et de la dynamique d’un statut.

Il suffit à un représentant d’Ottawa, de Londres ou de Washington de dire : « We won’t recognize you. » pour qu’une peur panique nous saisisse.

Tragiquement, monsieur Salon, nous, Québécois, ne savons pas ce que veulent dire les termes « statuts » et « être reconnu ». Pour nous, la politique demeure affaire de faveurs, ou d’affection, ou de revendication de pouvoirs, voire, de littérature et de folklore, non d’intérêts, de rapports de forces et d’effectivité. Tout au Québec est affaire d’émotions, non de principes. D’où le poids énorme de la LOI prise au pied de la lettre, la LOI qui fait peur, la LOI qui mène en prison et autrefois à la potence.

Sans doute, la mentalité héritée de nos ancêtres normands y est pour quelque chose. Le Normand cherche toujours à être « en loi ». Il y trouve sa justification et souvent son leitmotiv.

De même notre conception religieuse, héritée du jansénisme, une religion de la casuistique et de l’observance des commandements au pied de la lettre, au détriment de leur esprit. Je n’ai pas vu de Je et Tu dans notre expérience religieuse, seulement le Ça qui tue l’esprit.

Vous qui êtes un cousin de France, monsieur Salon, non pas un maudit français mais un cousin, vous ne pourriez vous permettre de dire aux Québécois ce que je leur dis : « Bande de criss de caves, vous êtes bouchés par tous les trous et vous ne comprenez rien à rien ». En tant que héros national au Québec, je puis me permettre de le faire. Je ne recherche nulle popularité et nulle faveur, alors j’ai le champ libre pour dire ce que je pense.

C’est moi qui s’est servi de ma position d’officier d’état-major dans l’armée pour remettre à Parizeau les documents secrets qui prouvaient qu’une intervention militaire majeure se préparait contre le Québec en 1972, avec l’aide d’officiers britanniques en provenance d’Irlande du Nord.

Cette intervention s’inspirait en droite ligne des interventions militaires de l’Angleterre contre l’Irlande depuis l’époque de Cromwell, interventions qui ont contribué à réduire la population des Irlandais celtiques de 8 millions à trois millions d’habitants. Le simple fait d’avoir remis ces documents a provoqué un arrêt des procédures dans les Quartiers Généraux de l’Armée Canadienne et un transfert du grand état-major de la Force Mobile du Québec vers Kingston. Personne n’a osé me mettre en accusation et me traduire en cour martiale. C’est moi qui avais le gros bout du bâton car le Ministère de la Défense avait commis un acte illégal et de grande portée sur le plan international. Peu de temps après, j’ai été mis à la retraite avec une année de congé de réhabilitation payée par le Ministère et pleinement pensionné. Jamais je n’ai été dérangé, sauf pour une brève visite de deux officiers seniors de la GRC, pour me dire que mon dossier était fermé.

Désespérément, j’ai essayé de faire comprendre aux Québécois que la « question du Québec » n’est pas une question de « séparatisme » mais de STATUTS DE FACTO À RECONNAÎTRE DE JURE.

Posée de cette manière la question est autrement plus dangereuse pour Ottawa qu’une réduction des problèmes au degré d’une baudruche idéologique. D’où la persistance d’Ottawa de maintenir le Québec dans un combat idéologique dont personne ne voit le véritable enjeu.

La question posée en termes de statuts de facto et de jure est dangereuse pour Ottawa, car lorsque le Québec agira dans ce sens, les autres provinces en feront autant (c’est ce qu’elles attendent).

Ce sera la fin du gouvernement centralisateur et unitaire des United Empire Loyalists et de l’Oligarchie torontoise, qui possède 85 % des richesses naturelles de l’espace continental canadien.

Si unité canadienne il y a après la fin du pouvoir central d’Ottawa, cette unité se réalisera sans inféodation aucune, par simple coopération, sur fond d’intérêts, de rapports de forces et de principes d’effectivité. Au Québec, les facultés de sciences politiques, qui dispensent un enseignement littéraire et souvent étriqué, ne comprennent toujours pas le sens du mot STATUT. (EN ANGLAIS STATUS, OU STATUSES)

Parlant STATUTS, je suis né à Montréal le 27 mars 1931, neuf mois avant la promulgation par l’Angleterre des Statuts Refondus de Westminster.

Donc, je suis né dans l’Empire Britannique et par conséquent British Subject. En Angleterre, mon passeport n’était pas estampé, mais en octobre 2003, lorsque je suis retourné à Londres pour un court séjour, mon passeport a été estampé, comme pour un étranger.

Je ne suis plus British Subject et ce sont les Anglais qui l’ont décidé, pas les Canadians qui vivent encore comme si la reine Victoria était toujours vivante. Comme la reine d’Angleterre est toujours et seule possédante en titre du territoire de cette expression géographique qu’on appelle Canada, alors nous demeurons nominalement ses « subjects ».

Quant à la reine Victoria (je suis né sous George V), les nouvelles de sa mort sont encore prises dans les glaces des iceberg de l’Atlantique nord. C’est l’impression que j’ai eue à Toronto et dans les Canadian Armed Forces.

Ces questions sont simple et c’est parce que j’en connaissais la portée, ayant été formé dans les institutions universitaires et militaires des Anglais et des Canadians, que je pouvais me permettre de tuer dans l’oeuf une tentative nouvelle d’intervention armée contre le Québec. Cette intervention de ma part, de même que les documents que j’ai remis pour prouver la véracité de ce que j’avançais. ont semé la peur panique chez les chefs du Parti Québécois.

Qui prenait le plus grand risque? J’avais une femme et des enfants qui auraient été jetés dans la misère si j’avais été traduit en conseil de guerre et condamné.

Les politiciens ne risquaient rien mais se conduisaient comme si l’échafaud était déjà dressé contre eux.

Je dois dire que j’ai été bien formé par les Anglais et les Allemands et je connaissais et connais encore le sens d’un STATUT et de ses PRINCIPES. Homme seul, j’étais en position de force et je pouvais me permettre de traiter de tous les noms ceux et celles parmi les militants du Québec qui ne comprenaient rien et moins que rien à des questions d’envergure en matière d’État. Une société inféodée revendique des droits. Nous sommes un État et n’avons qu’à exercer nos pouvoirs d’État et non à revendiquer des droits.

En quittant l’armée, j’ai remercié les Anglais de m’avoir bien formé et leur ai dit que je me servirais des connaissances acquises contre eux. Ils ont ri, sachant que personne au Québec ne me croirait si je disais par exemple que nous sommes plus forts que nous le pensons, que nous étions en position de force sans le savoir au moment du traité de Paris du 10 février 1763 et que nous l’avons été souvent par la suite. Nous le serons encore avec l’élection actuelle, qui devrait nous permettre de provoquer l’implosion du Canada. Peine perdue.

Prof à Toronto après mon service militaire, j’ai écrit et publié Géopolitique et avenir du Québec. Personne ou presque ne l’a lu, sauf Bernard Landry, qui m’a téléphoné et écrit à Toronto et, le cabinet de Jean Chrétien, qui en acheté toutes les copies disponibles dans les librairies d’Ottawa, probablement parce que Le Monde Diplomatique de septembre 1994 a publié un commentaire très favorable sur ce livre. Nul n’est prophète en son pays.

Pourquoi on ne me lit pas? Langage trop simple, pas assez étriqué, pas assez littéraire, par assez « rationnel ». La géopolitique et la stratégie d’État sont relationnels. La différence est énorme mais peu de Québécois le comprennent, d’où leur tendance à se conformer à la LOI au pied de la lettre, à rester littéraires et ne pas oser écrire de constitution ni promulguer la citoyenneté québécoise, pour la simple raison que l’État existe déjà et que nous pouvons émettre un passeport sans que personne ne puisse s’y objecter. Un passeport est un moyen de vérifier dans les faits qui nous reconnaît et nous aurions pu l’avoir fait depuis longtemps.

J’ai réussi à convaincre Bernard Landry de créer une patrouille des eaux territoriale avec la Sûreté du Québec, afin de créer les précédents nécessaires à notre reconnaissance de souveraineté territoriale sur nos eaux continentales. Aujourd’hui, cette patrouille existe. De même dans les aéroports. J’ai été agréablement surpris de voir la police de Montréal à l’aéroport de Dorval (alias Aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau de Montréal) avec une juridiction qui augmente. La GRC va quitter et c’est une affaire à suivre. Suivra une police de l’air, notre propre juridiction à nous sur notre espace aérien. Je travaille ensuite à créer une police des frontières afin de ne plus subir de « love in » comme en 1995.

Et ensuite, il y a la diplomatie. NOUS DEVONS encore apprendre à faire des représentations valides à l’étranger, monsieur Salon, à dire que nous sommes effectivement et de fait (de facto) un peuple, une Nation et un État et que nous entendons être reconnus comme tels. Dire que les Anglais ont été méchants pour nous est ridicule et ne nous mène nulle part. Les Anglais ont été autrement plus méchants envers les Yankees de Nouvelle Angleterre, les Acadiens, les Boers d’Afrique du Sud, les Australiens, les Irlandais, les Écossais et les Gallois qu’ils ne l’ont été envers nous. Pourquoi? Parce que la politique est affaire d’intérêts, de rapports de forces et d’effectivité et que dans le Saint-Laurent en 1760, les Anglais n’étaient pas en position pour tenter de nous chasser ou nous exterminer.

La diplomatie, vous en connaissez le sens, monsieur Salon. Essentiellement, il s’agit de faire valoir les précédents de facto afin d’en obtenir une reconnaissance de jure.

Ce statut d’État de facto, nous l’avons, monsieur Salon, mais une foule de Québécois ne le comprennent toujours pas.

L’indépendance, on peut et doit la définir selon le sens qui est offert par la géopolitique et aussi... la psychanalyse et la psychiatrie :

APTITUDE ET CAPACITÉ DE CHOISIR SES DÉPENDANCES.

À défaut de comprendre le sens, la signification, la portée et la dynamique de cette définition, nous allons continuer de faire fausse route.

Ce qui veut dire : L’État du Québec d’abord, reconnu de jure et de facto, ensuite, ou en même temps : abattre l’État centralisateur, unitaire, arbitraire et orangiste d’Ottawa. Les élections actuelles sont pour nous une occasion de provoquer l’implosion du Canada.

Sans État, la Nation ne peut pas être reconnue et il ne peut y avoir d’indépendance, qui est un a porteriori et non un a priori par rapport aux statuts d’État et de Nation.

La France est partie en 1760, pour des motifs de stratégie politique, qui ont remporté des succès et des revers, comme toute politique d’ailleurs, ainsi que le comprennent les gens qui ont un peu de maturité.

Et puis après? Le Ciel ne nous est pas tombé sur la tête parce que la France est partie. Au contraire, c’était pour nous l’occasion de faire nos preuves, nos propres preuves. Nous étions d’un coup devenus un peuple, avec possibilité de devenir Nation et de constituer les assises de notre propre État naturel. ET NOUS L’AVONS FAIT.

Moi, je remercie la France d’avoir quitté en 1760 et de nous avoir laissés seuls en face des Anglais et des Yankees. Celà prouve que nous étions capables de nous occuper de ces deux puissances, nous tout seuls. C’est pas un statut honorable ça?

Qu’aurions-nous fait avec la France? Nous serions demeurés dépendants comme la Finlande est demeurée dépendante de la Suède pendant six siècles. C’est la domination russe qui a réveillé les Finlandais et leur a crié : « Existez, que diable ».

En partant, en nous laissant seuls avec les Anglais, nos ennemis séculaires depuis l’histoire de la Bretagne et de la Normandie, la France nous traitait comme des grands garçons et des grandes filles.

Mais c’est très bien ça. Amenez-nous en des Anglais. Nous leur avons déjà réglé leur compte dans le passé en Europe et nous pouvons encore le faire. Nous sommes peu nombreux et nous n’avons pas besoin de l’être non plus, puisque les conditions géographiques dans lesquelles nous vivons nous permettent de réaliser nos objectifs avec une concentration maximale de l’effort et une économie de moyens.

Notre statut est fait accompli mais les Québécois ne veulent pas s’en rendre compte et ils se comportent comme un peuple inféodé et habitué à la soumission servile et à vivre mentalement à partir de ce qui est dit ou est écrit par Untel et Untel.

Dans la mentalité québécoise, tout doit être écrit quelque part. Pas moyen de mettre dans la tête des Québécois qu’un STATUT existe d’abord suivant la loi sui generis des faits et des principes naturels qui gouvernent l’existence et l’Être. Trop ontologique et pas assez logique. J’ai encore du travail à faire pour changer cette mentalité de losers pour la remplacer par une mentalité de winners, ce que nous sommes réellement, mais nous ne savons pas que nous le sommes et voilà notre problème.

J’espère avoir répondu à vos questions d’une manière satisfaisante monsieur Salon. Je dois maintenant retourner réparer les murs et faire la peinture dans notre appartement. Il y a du travail à faire. Pour moi, un métier manuel et la vie intellectuelle ne sont pas incompatibles.

Bonne journée

René Marcel Sauvé