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date : 2006/05/15 titre : Mourir dans le bons sens auteur : Andrée Ferretti source : Le Devoir
Mourir dans le bons sens
Par Andrée Ferretti
Parlant du, Manifeste pour une approche réaliste de la souveraineté, paru en partie dans l’édition du Devoir d’aujourd’hui, Michel David, dans cette même édition, écrit que ce texte « semble l’expression même du bon sens ». C’est précisément cela. Mais ne faut-il pas se demander s’il ne fut jamais un temps où le bon sens ait changé le monde. Peut-on donner un seul exemple historique où cette timide faculté de l’intelligence ait renversé les paradigmes d’un savoir établi ou ait réorienté radicalement le destin d’un peuple? Certes non! Seule la pensée a ce pouvoir révolutionnaire, car seule la pensée est source de vision nouvelle et d’action dynamique et décisive conséquente.
Or, l’indépendance du Québec est un projet révolutionnaire qui ne peut se réaliser sans une vision claire de ses enjeux, le plus crucial étant le renversement de l’ordre structurel et institutionnel canadien, établi sur les fondements du colonialisme britannique et de ses suites constitutionnelles, dans lequel la nation canadienne-française et le peuple québécois n’ont jamais eu les pouvoirs politiques et économiques nécessaires à la pleine maîtrise de leurs destinées. Enjeu crucial puisqu’il est la condition essentielle de la création d’un État libre et souverain, nécessaire à la naissance et à l’épanouissement d’une nation québécoise, comme lieu de l’identité collective de tous les citoyens du Québec, et comme cadre politique des multiples virtualités de l’avenir.
L’indépendance du Québec est un projet révolutionnaire qui ne peut se réaliser que porté par des hommes et des femmes libres qui veulent emprunter librement les chemins appropriés à l’objectif poursuivi, qui peuvent varier selon les exigences de la lutte, mais qui ne sauraient être balisés par les seules règles du pouvoir établi. Car penser une situation en vue de la changer radicalement, c’est essentiellement lui donner une direction qui mène au but.
Ce qui paraît être le bon sens, dans ce manifeste, c’est justement, et paradoxalement, son manque de sens, d’orientation logique, si l’on considère qu’il propose, pour réaliser l’indépendance, une démarche intellectuelle et une stratégie politique qui ne rompent d’aucune manière avec les catégories juridiques et politiques d’analyse et d’action construites, au cours de l’histoire, à l’intérieur des cadres juridiques et politiques qui assurent le fonctionnement du système, système qui a pour fondement et règle de développement la subordination historique du Québec aux intérêts du Canada. Ce manifeste envisage de manière dangereuse la perspective d’une lutte pour l’indépendance du Québec à mener entièrement sur terrain de l’adversaire, en la confinant dans les strictes limites de la Loi et de l’Ordre canadiens.
Et ainsi le peuple québécois ira dans le bon sens de défaite en défaite jusqu’à la mort.
Andrée Ferretti, écrivaine.
Brigham, 11 mai 2006
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