date : 2010/02/24
titre : Kevin Parent blâme la rivalité entre anglos et francos
auteur : Marc Allard
source : Le Soleil 

Kevin Parent blâme la rivalité entre anglos et francos

Kevin Parent se dit déçu d’avoir eu à annuler quelques spectacles. Il a commencé à se sentir mal dans l’avion l’amenant à Vancouver. Il a eu des nausées et n’était plus capable de contrôler ses émotions.

(Montréal) Kevin Parent blâme la rivalité entre francophones et anglophones durant le Carnaval de Québec pour expliquer l’agression dont il a été victime sur la Grande Allée, dans la nuit du 12 au 13 février.

Bien qu’encore fragile à la suite de la commotion cérébrale qu’il a subie après avoir été tabassé en sortant du bar les Voûtes Napoléon, le chanteur a fait le point pour la première fois, mardi, sur ce qui s’est passé.

En conférence de presse dans les bureaux montréalais de sa maison de disques, Kevin Parent a affirmé qu’il n’avait d’aucune façon provoqué ses agresseurs. L’artiste soutient plutôt avoir été la proie de la « violence gratuite d’un groupe d’anglophones qui cherchait à s’en prendre à un francophone ».

« Ça fait des années qu’il y a du grabuge entre Anglais et Français au Carnaval de Québec, a dit le chanteur. C’est ça, l’histoire. »

« Il y avait peut-être des jeunes qui avaient le pack-sac trop serré et qui arrivent au Québec et que c’est le free-for-all, a-t-il poursuivi. Je sais pas... Mais ça fait 20 ans que je fais de la musique et ça a tout le temps été la même affaire », a poursuivi Kevin Parent, en faisant référence à des affrontements qui, selon lui, continuent d’éclater entre les Québécois et les Canadiens anglais durant le Carnaval.

L’artiste gaspésien, qui chante en anglais et en français, ne souhaite pas que l’agression dont il a été victime relance la rivalité entre francophones et anglophones. Au contraire, il affirme avoir tenté depuis des années de construire un pont entre les deux communautés, notamment en vantant les francophones au gala des Junos et les anglophones au gala de l’ADISQ.

Kevin Parent a toutefois souligné qu’il avait ressenti beaucoup de frustration après l’attaque. « J’ai compris la rage [du] Québécois francophone opprimé qui se fait pisser dessus dans sa propre ville, dans sa capitale, durant son propre Carnaval. »

Aucune plainte

Malgré sa commotion cérébrale, Kevin Parent a indiqué qu’il ne comptait pas porter plainte à la police de Québec pour le moment.

« Je suis peut-être moumoune là-dessus, je crois plus en la paix qu’en la guerre. [...] Porter plainte, je trouve que c’est frais, c’est impersonnel et inhumain. »

Mis à part quelques flashs, Kevin Parent affirme ne plus se souvenir de son agression. Il se base sur ce que lui ont rapporté Marie-Andrée Houde, de l’agence Mercure, et Geneviève Henri, de Tandem.mu, les deux femmes qui se trouvaient avec lui dans la nuit du 12 au 13 février.

Après avoir pris quelques verres au bar le Maurice, puis chanté quelques chansons aux Voûtes Napoléon, Kevin Parent a décidé de rentrer à l’hôtel Loews Le Concorde. Avant d’aller dormir, Mme Henri a toutefois voulu prendre un caribou chaud sur la rue, devant un feu allumé à l’occasion du Carnaval, près du restaurant Ashton.

Le chanteur et ses accompagnatrices se sont alors rendus près du feu, où ils ont remarqué la présence d’un groupe d’anglophones.

« Après un bref salut de la tête et une tentative de dialogue sans issue, j’ai replongé mon attention et mon regard vers le feu, a relaté Kevin Parent. D’après ce qu’a dit ma collègue, il y en a un qui n’arrêtait pas de me fixer à mon insu et apparemment aurait tassé ma collègue pour faire ni une ni deux et me frapper.

« Paraît-il que quelques-uns de leurs amis se sont joints à eux. Ensuite, il y en a eu d’autres qui sont arrivés, mes collègues pensaient que c’étaient des Québécois, pour m’aider. Mais non, c’étaient d’autres anglophones venus se joindre à la fête. »

Kevin Parent a été roué de coups de poing et de coups de pied à la tête pendant que les deux femmes criaient et essayaient d’empêcher les attaquants.

Marie-Andrée Houde et Geneviève Henri ont aussi été bousculées durant l’attaque. Elles estiment qu’environ quatre à six hommes dans le début vingtaine ont frappé le chanteur.

Après quelques minutes, des hommes qui étaient près du feu ont finalement réussi à arrêter les agresseurs, laissant la chance aux deux femmes de relever Kevin Parent et de le conduire à sa chambre. Personne n’a appelé la police. « Notre idée, c’était vraiment : "on le sort de là au plus vite et on l’amène à sa chambre" », a expliqué au Soleil Marie-Andrée Houde, qui estime que le chanteur a été ciblé au hasard. « ll était là, à la mauvaise place, au mauvais moment. »

« Si j’avais été baveux ou que j’avais cherché le trouble, je serais pas ici en train de faire ça aujourd’hui », a dit Kevin Parent lors de sa conférence de presse. « Je me serais fermé la gueule et j’aurais dit : "garde, cassez-vous pas la tête, je l’ai cherché". Je ne me suis jamais battu de ma vie. Pourquoi j’aurais insulté un anglophone? Je suis anglophone, c’est ma première langue. »

Le lendemain de l’agression, le chanteur a tout de même donné un concert dans un bar de Repentigny. Il s’est ensuite envolé vers Vancouver, lundi dernier, pour une prestation à l’occasion des Jeux olympiques.

Il a commencé à avoir des nausées et des maux de tête dans l’avion. Et deux jours plus tard, il a dû quitter la scène dans la ville olympique pour consulter un médecin, qui lui a diagnostiqué une commotion cérébrale.

Si son état de santé s’améliore, Kevin Parent devrait remonter sur scène le 4 mars au Club Soda.