date : 2010/02/17
titre : Bouchard désavoué par les péquistes
auteur : Daniel Lessard
source : La Presse 

Bouchard désavoué par les péquistes

L’ancien premier ministre Lucien Bouchard a soulevé un tollé chez ses anciens compagnons de route péquistes en émettant des doutes sur la possibilité de réaliser la souveraineté. Plusieurs jugent bien malheureuses les critiques à l’endroit de Pauline Marois de la part de celui qui détestait l’intervention de « belles-mères » comme son prédécesseur Jacques Parizeau quand il était aux affaires.

À l’Assemblée nationale, mercredi matin, attaquée par Jean Charest, Mme Marois a répondu à Lucien Bouchard, « défendre nos valeur, notre identité, la langue française, l’égalité des hommes et des femmes, c’est défendre notre identité, notre vouloir vivre collectif », a-t-elle répliqué après avoir été accusée de verser dans le radicalisme par l’ancien premier ministre.

Pour Jean Charest, M. Bouchard a fait un rappel à l’ordre important à Mme Marois. « Est-ce qu’elle est en politique pour diviser les Québécois? », a-t-il lancé.

Mais dans les rangs péquistes, les critiques à l’endroit de l’ancien chef étaient unanimes. Pour l’ancien premier ministre Bernard Landry, M. Bouchard « déraille » quand il sème le doute sur la souveraineté. « Il vient de faire une très grande erreur. D’abord sur la souveraineté, il a une position désespérante : il dit qu’il est souverainiste mais qu’il ne la croit pas réalisable, ce n’est pas la réaction normale d’un homme engagé », lance M. Landry.

Pour lui cette sortie aura un impact considérable au Québec comme dans le reste du pays. « Pendant des décennies les Bourgeault, Parizeau, Lévesque disent : On veut l’indépendance. Tout à coup, effondrement! Il dit qu’elle n’est pas réalisable », lance le successeur de M. Bouchard.

Il réprouve aussi l’indifférence de Lucien Bouchard quant au port du voile et de la burka. « Gordon Brown, le leader britannique a sorti une femme de son bureau parce qu’elle avait la face voilée. En Angleterre cela ne se fait pas. Sarkozy a dit pas de burka en France. Bouchard encourage une pratique qui est l’incarnation même du viol des droits des femmes, tout en disant que ces droit doivent être respectés » observe M. Landry.

Pour lui M. Bouchard erre aussi quand il dit que le PQ verse dans le radicalisme. « J’ai côtoyé René Lévesque, je l’ai connu pas mal plus que Lucien Bouchard ne le connaissait. M. Lévesque et son parti étaient tout à fait ravis que le Québec soit multiethnique, mais pas multiculturel ». Pour lui M. Bouchard « abuse de la mémoire de René Lévesque, il s’en sert. Six mois avant sa mort, René Lévesque disait que le Québec doit être un pays reconnu » rappelle-t-il.

Pour Bernard Landry, la sortie de Lucien Bouchard à un an du congrès pourrait fouetter les souverainistes, « amener le parti à se prononcer carrément en faveur de l’indépendance le plus rapidement possible », estime M. Landry.

Ancien conseiller de Lucien Bouchard, Jean-François Lisée désapprouvait aussi carrément les propos de son ancien patron. Il va même jusqu’à dire que cette intervention arrive curieusement à point nommé au moment où le premier ministre Jean Charest se retrouve plus souvent qu’à son tour dans les câbles à l’Assemblée nationale. « On parlait d’écoles juives, de partisannerie dans les permis de garderie, tout à coup le Parti Québécois se retrouve sur la défensive » observe M. Lisée.

Pour le député péquiste Jean-Martin Aussant, la sortie de M. Bouchard est celle « d’un frustré », et l’épouse de Jacques Parizeau, Lizette Lapointe juge « bien malheureuse » cette sortie.

Pour Jean-Pierre Charbonneau, ancien ministre de Lucien Bouchard, ce dernier « n’est pas capable de faire son autocritique ». Lui aussi croit que Lucien Bouchard dénature la mémoire de René Lévesque, M. Lévesque était ouvert aux autres communautés, mais était bien « sensible à la fragilité identitaire de son peuple », observe M. Charbonneau. « On a manqué le bateau avec la loi 101, on voulait faire des francophones bilingues avec les immigrants, ils sont devenus des anglophones bilingues » résume-t-il.

Pour Bernard Drainville, député de Marie-Victorin, les propos de Lucien Bouchard sont désolants. « Je le respecte, je l’aime, mais s’il est trop fatigué pour poursuivre la lutte, je lui dis que je vais la poursuivre avec Mme Marois et mes camarades du PQ, pour faire l’indépendance du Québec. Pour François Gendron il s’agit d’une intervention « malheureuse », « M. Bouchard est un grand bonhomme. C’est son opinion mais ce n’est pas la mienne », s’est contenté de dire le député d’Abitibi-Ouest.