date : 2007/05/29
titre : Doit-on achever le PQ pour venir à bout de l’étapisme?
auteur : Félix Pinel
source : Le Québécois

Doit-on achever le PQ pour venir à bout de l’étapisme?

« L’erreur du Parti québécois a consisté à bâtir un programme de gouvernement plutôt qu’une république, comme si l’indépendance était faite de quelques mesures sociales et d’innombrables bonnes intentions. L’indépendance, c’est la fin du passé. C’est la rupture avec le Canada. C’est donner son congé à la reine et aux simagrées monarchiques. C’est la république et ses institutions. C’est la description exacte de pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire et des conditions de leur exercice. »

— Pierre de Bellefeuille

Les élections du 26 mars dernier auront toujours bien confirmé une chose importante que plusieurs voyaient déjà venir depuis longtemps. Le Parti Québécois (PQ) est au bord de l’agonie. Un premier signal avait déjà été émis par l’électorat en 2003, avec 33 % des suffrages. Bernard Landry et son équipe avaient encaissé le pire résultat souverainiste depuis 1973. Cette fois, la défaite est encore plus cinglante. Le seuil psychologique plancher du 1/3 a été franchi. Aussi, la chute se poursuit. En 2003, on évoquait les fusions municipales, les ratées en santé et l’usure du pouvoir pour expliquer l’échec électoral du PQ. Cette fois, on parle du chef, du programme, du vote de protestation contre les vieux partis, du charisme de Mario Dumont et quoi encore.

Après la défaite du 14 avril 2003, le PQ-Landry avait organisé la « Saison des idées ». Trois grands chantiers devaient redéfinir le PQ : le PAYS, le PARTI et le PROGRAMME. Les membres de partout au Québec ont donc partagé leurs idées, d’abord dans les assemblées de circonscription, ensuite au niveau régional pour finalement se retrouver à Québec en juin 2005 pour un congrès national couronné par la désertion de Landry.

Tout au long de ce processus, les discussions les plus fécondes se sont cristallisées autour de la méthode d’accession du Québec à un statut de pays. Enfin, le dogme étapiste était à nouveau contesté par certains militants. C’est Sasha-Alexandre Gauthier — il occupe aujourd’hui la présidence du Mouvement pour une élection sur la souveraineté (MES) qu’il a mis sur pied, depuis — qui lance le bal en publiant De l'échec de l'étapisme à l'autre voie démocratique en 2003. En août 2004, Robert Laplante, directeur de la revue l’Action Nationale, en remet dans un texte majeur : Revoir le cadre stratégique. Jacques Parizeau appuie les thèses de Robert Laplante en publiant une lettre dans La Presse le 16 août 2004 : Un changement de stratégie au PQ? La stratégie étapiste — rentrée dans la gorge du PQ en 1974 par le couple René Lévesque-Claude Morin alors que ce dernier était collaborateur de la GRC (nom de code : Q1) — est confrontée à ce que l’on nomme désormais la proposition Parizeau-Laplante. Selon celle-ci, un gouvernement indépendantiste pose des gestes de rupture avec l'ordre constitutionnel canadian avant de tenir un référendum exécutoire sur la ratification d’une constitution d’un Québec indépendant. Ainsi, le PQ en viendrait à abandonner le provincialisme qui est le propre de la stratégie étapiste. D’autres propositions d’ordre stratégique devaient aussi être débattues au congrès de juin 2005, mais c’était sans compter sur « l’encadrement » des débats par les gardiens de la doctrine, la garde prætorienne à Lévesque…

Les 3, 4 et 5 juin 2005, des délégués du PQ de 125 comtés devaient débattre dans plusieurs ateliers afin de tout renouveler au parti. C’est dans l’atelier « A » que les débats sur le pays et la stratégie pour y parvenir devaient se tenir. Pierre-Luc Paquette — aujourd’hui directeur-général du PQ — présidait les débats de cet important atelier. Un comité du PQ avait préalablement rédigé un cahier de propositions que les délégués pouvaient amender. Bien entendu, la proposition principale sur la méthode d’accession à l’indépendance reflétait la stratégie étapiste, rénovée au goût du jour. À l'ouverture des débats, il fallait établir l'ordre dans lequel les propositions d'amendement seraient traitées. Tous les délégués pouvaient donc aller au micro pour convaincre l'assemblée d’ouvrir les hostilités avec telle ou telle proposition. Plusieurs députés bien en vue ont alors pris le crachoir : Daniel Turp, Pauline Marois, François Legault, pour ne nommer que ceux-là. Ils demandaient aux délégués de voter pour commencer la journée avec une proposition-fleuve qui amendait légèrement tout le chapitre sur le pays et la stratégie. Quand les députés-vedettes penchent d’un côté, bien des délégués suivent. C’est ainsi d’un amendement étapiste à l’étapisme dont l’on allait débattre, d’entrée de jeu. Le hic, c'est que si cet amendement en venait à être adopté, le reste des propositions tombaient à l’eau, devenant caduques puisque le chapitre au complet s’en serait trouvé modifié. Pour comprendre cette tactique et la contrer, il fallait avoir une certaine expérience de ce genre de procédure. Malheureusement, ce n’était pas le cas pour bien des délégués. Plusieurs ont bien tenté de proposer des sous-amendements pour vaincre le fond étapiste de la proposition principale et de son amendement, mais le président d’assemblée était intransigeant. Quelques points intéressants ont tout de même été arrachés, comme l’adoption d’une constitution provisoire ou la création d’une citoyenneté québécoise, mais la stratégie étapiste était tout de même consacrée une nouvelle fois.

Tout au long de la récente campagne électorale, André Boisclair a affirmé que s'il était élu, il tiendrait un référendum sur la souveraineté. En plein délire, il est même allé jusqu'à promettre cette consultation populaire à la tête d’un gouvernement minoritaire. L’idée d’un référendum sur la souveraineté est très impopulaire même si l’idée d’un Québec indépendant est toujours très populaire. Avec un tel discours, près d’un souverainiste sur deux n’a pas voté PQ. Il faut en prendre acte. Cependant, les premiers débats qui ont lieu par médias interposés laissent croire qu'il sera fort difficile de venir à bout de l'étapisme au PQ. Bernard (Louis) et Bernard (Landry) ne sont toujours pas d’accord sur la date du référendum. Voilà la preuve que les débats stériles ont bel et bien repris, si tant avait été qu’ils eussent un seul instant cessé. Certains songent même à remettre la réalisation de l’indépendance aux calendes grecques plutôt que de se questionner sur une stratégie qui échoue depuis plus de trente ans à donner aux Québécois un pays. Faut-il que les indépendantistes assènent le coup de grâce au PQ en le désertant, en le laissant remiser sa raison d’être et en le regardant mourir lors du prochain scrutin? L’indépendance du Québec passe-t-elle par la mort du PQ? Voilà de graves questions auxquelles il faudra répondre très bientôt…

Félix Pinel
Vice-présidence
Mouvement pour une élection sur la souveraineté