date : 2007/05/15
titre : Réactions mitigées chez les purs et durs
auteur : Malorie Beauchemin
source : La Presse 

Réactions mitigées chez les purs et durs

Québec — La candidature de Pauline Marois à la direction du Parti québécois, mais surtout le retrait de la course de Gilles Duceppe, qui consacre presque le « couronnement » de l’ancienne ministre, ont provoqué des réactions mitigées chez les « indépendantistes motivés », aussi appelés les « purs et durs ».

Le Mouvement pour une élection sur la souveraineté (MES), qui compte plus de 700 membres, appuie Mme Marois et se dit confiant qu’elle pourra faire des « gestes de rupture » pour mener le Québec vers la souveraineté.

Sasha Gauthier, du MES, est d’accord avec le constat de Mme Marois selon lequel les Québécois ne veulent pas d’un nouveau référendum. « Mais elle le dit elle-même, ça ne veut pas dire qu’ils ne veulent pas de la souveraineté », ajoute M. Gauthier. Plutôt qu’un référendum, le MES est d’avis que le Parti québécois, doit, dès son élection, faire des gestes concrets menant à la souveraineté, même s’ils sont contraires à la Constitution canadienne. « Il faut que le PQ le dise clairement: si vous m’élisez, on s’en va vers un pays’. Le référendum, c’est accessoire dans le processus », souligne M. Gauthier.

Qu’est-ce qui fait croire au MES que ce sera la voie privilégiée par Mme Marois? Une déclaration datant de 2004, soit avant la course à la direction qui a finalement consacré André Boisclair. « Tout en assumant ses responsabilités envers la population, le gouvernement du Parti québécois fera donc chaque jour, de façon continue, les gestes de souveraineté nécessaires pour construire les assises de notre pays. Ainsi, nous affirmons clairement qu’un gouvernement du Parti québécois ne se limitera pas à gérer une province, mais préparera l’accession à la souveraineté », disait alors Mme Marois, proposant la création d’un ministère de l’Accession à la souveraineté.

Mais pendant la course de 2005, c’est plutôt le candidat de l’aile orthodoxe du PQ, Jean-Claude St-André, qui s’était fait l’apôtre de ces « gestes de rupture ».

Enfin, le MES dit souhaiter travailler avec Mme Marois sur le projet de pays, dont elle a parlé dans son discours du lancement de sa candidature, dimanche.

L’éditeur du journal indépendantiste Le Québécois, Patrick Bourgeois, estime pour sa part que les péquistes sont en train de donner « un chèque en blanc » à Mme Marois, sans débat d’idées et sans idées concrètes.

« On est en train de lui offrir le parti, sans qu’elle n’ait proposé quoi que ce soit. C’est dangereux », dit-il.

Selon lui, Mme Marois est très compétente, — et elle l’a prouvé — dans la gestion d’une province. Ce dont il doute toutefois, c’est si elle va réellement enclencher une démarche vers un pays. « Elle se satisfaisait très bien par le passé de la gestion d’une province. Peut-être qu’elle a changé, mais elle va devoir le prouver », a-t-il dit, estimant que du sang neuf dans une course à la direction — avec une candidature de Pierre Curzi, par exemple — aurait été bénéfique pour relancer un véritable débat d’idées au Parti québécois.

« C’est dans la confrontation d’idées que la fécondité germera et qu’on sera capable de faire avancer le Parti québécois. Actuellement, le PQ semble plutôt vouloir stagner, se rapprocher de positions sur l’échiquier politique qui sont déjà occupées, notamment par l’ADQ et sa position autonomiste », déplore-t-il.

Cet indépendantiste « pur et dur » doute aussi que Mme Marois puisse incarner « le renouvellement » qu’il croit « nécessaire » au Parti québécois.

Denis Lazure appuie Mme Marois

Ancien ministre péquiste sous René Lévesque, qui avait ouvertement réclamé le départ d’André Boisclair, Denis Lazure s’est réjoui, hier, de la candidature de Mme Marois, pour peu qu’elle ne change pas trop le programme du parti. « Elle ne veut pas être liée à un calendrier référendaire, je n’ai pas de problèmes avec ça, a-t-il dit. Il faut écouter, aller expliquer à la population le projet de pays, faire la promotion de la souveraineté et de la social-démocratie, elle a dit qu’elle le ferait. »

Mais, outre l’échéancier référendaire, Mme Marois devrait selon lui conserver intégralement le programme du parti adopté en 2005. « Il peut y avoir quelques changements à faire, mais à mon avis, rien d’essentiel, a souligné M. Lazure. C’est devenu politiquement correct de dire qu’il faut moderniser le programme du parti. Mais en quoi? Il a été suffisamment modernisé il y a deux ans. »

Encadré(s) :

MAROIS EN FAVEUR DU DÉGEL

Beauchemin, Malorie

Pauline Marois serait en faveur d’un dégel des droits de scolarité, ce qui rompt avec la politique prônée par son parti jusqu’à ce jour. En entrevue à RDI, hier, la candidate à la direction du Parti québécois seule en lice pour l’instant , n’a pas fermé la porte à une hausse des droits de scolarité, si « un contrat » est passé avec les étudiants, « pour qu’il n’y ait pas baisse des investissements de l’État ». « Au contraire, il faut continuer à faire croître les investissements de l’État, pour que tout forme de hausse puisse être immédiatement réinvestie, pas pour que l’État se désengage », a-t-elle déclaré. Elle dit toutefois vouloir s’assurer que ces hausses n’empêcheront jamais personne qui le souhaiterait de continuer à étudier.

Illustration(s) :

Gilles Duceppe, chef du Bloc québécois, et Pauline Marois, candidate au poste de chef du Parti québécois, étaient réunis hier dans l’est de Montréal dans la cadre d’une activité afin de recueillir des fonds pour le Bloc.