date : 2007/05/09
titre : Les deux voies du PQ
auteur : Pierre Jury
source : Le Droit

Les deux voies du PQ

Le Parti québécois cannibalise ses chefs comme pas un. La démission de son chef André Boisclair, n’était plus qu’une question de temps. La pression devenait intenable car les appuis s’effritaient à travers le Québec. Il y avait de moins en moins de militants et de députés à réitérer leur confiance envers ce chef qui, à 41 ans à peine, aurait normalement dû incarner le renouvellement du PQ, tant au plan des idées que du membership.

Côté des adhérents, le Parti québécois ne faisait pas plus mal que les autres grands partis. La course à la direction de 2005 avait fait le plein de membres, mais au plan des idées, c’était du réchauffé. C’est d’ailleurs à ce chapitre que le PQ doit faire le ménage de fond en comble. Car le torchon brûle entre l’aile « pure et dure » qui réclame un vote référendaire de façon à amorcer la souveraineté le plus tôt possible après une victoire électorale, et l’aile opposée (« molle » ?) qui est disposée au « beau risque » de l’amélioration de la place du Québec au sein de la fédération canadienne. C’est justement cette « affirmation nationale », lancée sous Pierre-Marc Johnson, avec laquelle a brièvement flirté M. Boisclair, récemment.

Le tollé a été immédiat. Et il l’a été depuis le début de l’histoire du parti, il y a 40 ans. Seuls des chefs à l’ascendant très fort sur le parti (René Lévesque, Jacques Parizeau et Lucien Bouchard) ont réussi à naviguer dans ces eaux troubles avec un certain succès. MM. Johnson et Boisclair ont visiblement été éprouvés par de constantes remises en question. Bernard Landry peut être considéré comme l’exception qui confirme la règle... mais c’est lui qui aura claqué la porte devant un mandat de confiance trop faible à son goût.

Depuis quatre décennies donc, le PQ tangue entre la souveraineté dans l’immédiat et la souveraineté au moment des « conditions gagnantes ». S’ils sont bien rares au sein du PQ à remettre en question l’article 1 sur l’objectif ultime de la souveraineté, tout est dans la méthode. Et tous les chefs ont été subordonnés à cette méthode, à ce processus qui vacille d’une instance du parti à une autre. Sans compter les commentaires, opinions et diktats de ces « belles-mères » et « matantes » - de Jacques Parizeau à Yves Michaud à Denis Vaugeois en passant par les « purs et durs » - qui martèlent le Parti québécois de coups inattendus et parfois assassins sur toute question d’actualité à propos de laquelle ils sont en désaccord avec le chef du moment.

Normalement, l’accession de M. Boisclair à la direction du PQ aurait dû calmer les ardeurs de ses adversaires au sein du parti. Mais ses talons d’Achille - son orientation sexuelle et sa consommation de cocaïne au moment où il était ministre - le rendaient vulnérable. De puériles erreurs de jugement, comme le sketch-parodie de Brokeback Mountain, ont nourri le cynisme de ses opposants et semé le doute dans l’esprit de ceux qui l’avaient encouragé à briguer la direction du PQ. Le résultat électoral du 26 mars dernier a scellé son sort. Même si M. Boisclair avait réalisé un parcours sans faute pendant sa campagne, l’appui traditionnel des régions envers le PQ s’est étiolé au profit de l’Action démocratique du Québec. Le score du PQ a été son pire en trois décennies.

Les attaques ont repris de plus belle, et des deux côtés du spectre politique. Il y a eu ceux, comme le Mouvement pour une élection sur la souveraineté, qui ont placé la défaite électorale sur le dos de « l’attentisme stratégique » de M. Boisclair. Et ceux qui, comme Martine Tremblay, l’ancienne chef de cabinet de René Lévesque, qui soutenait que la population ne suivait plus le PQ dans ses espoirs d’un référendum rapide, et qu’il fallait mettre la stratégie en veilleuse, mais pas l’option.

Des deux fronts a monté un appel à une révision du leadership de M. Boisclair. Prévu pour 2009, puis 2008, rien ne satisfaisait les impatients que la tenue d’un vote de confiance dans les plus brefs délais.

Ils l’ont eu.

Aujourd’hui, la page se tourne. Couronnement d’un chef comme Gilles Duceppe ou une autre vraie course à la direction ? Les paris sont ouverts. Mais le parti a suivi ces deux routes depuis 10 ans, sans succès. Pourquoi croire que cette avenue mènerait-elle au succès cette fois ?

pjury@ledroit.com