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date : 2007/01/27 titre : La grogne gagne le caucus péquiste auteur : Denis Lessard source : La Presse
La grogne gagne le caucus péquiste
Québec - La collision entre André Boisclair et le mouvement syndical laisse prévoir une semaine bien difficile pour le chef péquiste. Elle a cristallisé le mécontentement au sein du caucus, et quelques élus se préparent à se vider le coeur dès leur prochaine réunion.
Devant la manchette de La Presse hier, indiquant que l'aile gauche du PQ était outrée par les déclarations de M. Boisclair sur les syndicats, Louise Harel a passé un coup de fil à un leader du SPQ libre, Pierre Dubuc, pour souligner que le constat fait par ce mouvement progressiste était partagé par d'autres.
Le SPQ libre " ne devrait pas être isolé " lors de la rencontre des présidents de région, le 3 février prochain, aurait soutenu Mme Harel, qui n'a toutefois pas rappelé La Presse hier.
Camil Bouchard, député de Vachon, estime que son chef doit expliquer des propos qui ont heurté les leaders syndicaux. " Les syndicats ont été des moteurs importants pour la redistribution de la richesse, nous devons avoir des relations cordiales avec eux ", a dit le député, qui reconnaît avoir hâte de voir son parti faire des propositions à la population. " Il est important qu'on puisse offrir des alternatives au gouvernement, c'est ça qui presse ", a lancé M. Bouchard.
M. Boisclair avait soulevé la colère des syndicalistes Marc Laviolette (CSN) et Réjean Parent (CSQ) pour avoir soutenu qu'il entendait tirer un trait l'époque où le gouvernement péquiste était " copains-copains " avec les centrales et où les négociations se terminaient autour de soupers " bien arrosés ".
Faisant hier le bilan de sa visite officielle à Paris, M. Boisclair a minimisé le ressac syndical et promis qu'il " ne se présentera pas à l'électorat avec les mêmes formules qu'en 2003 ". Il entend " honorer l'appui que des milliers de nouveaux membres (lui) ont donné (en l'élisant) ", a-t-il soutenu.
Le mécontentement a monté d'un cran chez les députés depuis une réunion d'organisation tenue à Montréal, le 15 janvier dernier, a appris La Presse. Une douzaine de députés irrités se sont retrouvés devant l'organisateur Nicolas Girard. Le jeune député de Gouin a subi les foudres de vétérans, de Sylvain Simard notamment, pour son manque d'expérience.
Certains élus étaient aussi irrités que leur chef ait mis au second rang cette réunion stratégique pour des entrevues où il proposait de retirer les crucifix des écoles et pour préparer sa mission officielle en France.
Autre source de grincement de dents au sein du PQ, qui ne roule pas sur l'or : l'attaché politique Jean Bissonnette a été dépêché pendant trois semaines en décembre à Paris pour préparer la rencontre. Daniel Audet et Marie Malavoy l'ont rejoint pendant une semaine avant la fin de l'année. Tout cela pour une visite dont Louise Beaudoin avait ficelé l'essentiel au téléphone.
Le PQ a atteint son objectif de financement de 3 millions de dollars en 2006, mais les militants ont appris avec appréhension qu'ils devraient ramasser 5 millions pour l'année électorale - à quelques mois des élections, le PQ est loin d'avoir engrangé autant qu'il ne le devrait.
Des vétérans comme François Gendron préviennent déjà, dans des cercles restreints, qu'il ont bien l'intention de vider leur sac à la première occasion, quand ils se retrouveront avec M. Boisclair pour un caucus de deux jours, jeudi prochain.
D'autres élus rongent leur frein; Camil Bouchard, par exemple, n'a pas eu de nouvelles depuis des mois du projet de plateforme électorale qu'il avait soumis comme prévu en août dernier. " J'ai hâte de voir ", se limitait-il à dire hier.
Daniel Turp, député de Mercier, se demande, dit-on, si le projet de Constitution québécoise qu'il a livré à temps lui aussi est carrément sur la tablette.
De Paris, dans une entrevue donnée à RDI, M. Boisclair a dit constater " énormément d'effervescence " chez les militants. " Nous avons un plan de match gagnant ", a-t-il dit. " Nous savons où nous allons, la plateforme (électorale) sera discutée au caucus dans les prochains jours ", a soutenu M. Boisclair.
" Boisclair n'a pas ce qu'il faut "
Ministre sous Jacques Parizeau et Lucien Bouchard, Louise Beaudoin a confirmé hier qu'elle ne serait pas candidate pour le Parti québécois aux prochaines élections dans Chambly - une surprise pour l'organisation péquiste. Dans une lettre diffusée hier - et publiée aujourd'hui dans nos pages Forum -, elle explique, sans faire une seule allusion à André Boisclair, qu'elle demeure militante péquiste et que son engagement souverainiste est " solide et vigoureux ". Elle refusait les demandes d'entrevues hier, mais elle a maintes fois répété à des proches au cours des dernières semaines qu'elle estimait qu'André Boisclair " n'a pas ce qu'il faut pour être premier ministre ".
Cela laisse en suspens la candidature péquiste dans Chambly que préparait Mme Beaudoin depuis des années. Déjà, l'ancien maire de Saint-Basile-le-Grand, Bernard Gagnon, sonde ses appuis, épaulé par le député bloquiste Yves Lessard. Militant de longue date, organisateur puis chef de cabinet de Mme Beaudoin, Me Bertrand Saint-Arnaud confirmait hier qu'il était aussi en réflexion devant cette ouverture.
Le plan de match vient de changer également pour une autre candidature qu'on pensait réglée au PQ, celle de Claudine Harnois dans Joliette. La jeune femme d'affaires (à la tête de la chaîne de stations-services Pétrole Harnois) renonce à se porter candidate pour des raisons de santé.
Au cours des dernières heures, les stratèges d'André Boisclair vérifiaient l'intérêt d'un autre candidat, Claude Duceppe, le frère du chef bloquiste - la famille du regretté comédien a des racines à Notre-Dame-des-Prairies, où Claude Duceppe vit et travaille comme courtier en valeurs mobilières.
À Québec, André Boisclair est déterminé à bloquer l'avocat André Joli-Coeur, un souverainiste qui a toujours eu son franc-parler. On y prépare la candidature surprise de Françoise Mercure, une ex-présidente de la Chambre de commerce de Québec.
Illustration(s) :
Des élus rongent leur frein alors que des vétérans préviennent qu'il ont bien l'intention de vider leur sac à la première occasion, quand ils se retrouveront avec André Boisclair pour un caucus de deux jours, jeudi prochain. Hier, M. Boisclair a minimisé le ressac syndical et promis qu'il " ne se présentera pas à l'électorat avec les mêmes formules qu'en 2003 ".
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