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date : 2006/06/12 titre : Donnons-nous les moyens de faire un pays auteur : Denis Julien source : Le Devoir
Donnons-nous les moyens de faire un pays
La démarche référendaire introduite dans le programme du Parti québécois (PQ) en 1974 achève de démotiver et de démobiliser les militants de la première heure. C'était une démarche suicidaire pour la cause qui nous tenait tellement à coeur.
Cela a eu pour conséquences une très grande difficulté dans la transmission du flambeau aux générations suivantes. Le temps a joué pour les fédéralistes. De référendum en référendum, les ardeurs ont diminué. Ils pensaient que la lutte finirait par s'essouffler. Ils le souhaitaient et ils ont presque réussi.
Il y a une murale à l'entrée du Grand Théâtre de Québec. Elle est l'oeuvre du grand artiste sculpteur Jordi Bonnet. Elle se lit comme suit: «Vous êtes pas écoeurés de mourir, bande de caves; c'est assez!» J'entend déjà les fédéralistes en faire des gorges chaudes, et pourtant...
Il est urgent de sortir de ce cul-de-sac, véritable cheval de Troie politique, introduit par Claude Morin. Au mieux, il était un très grand naïf, au pire, il était la vipère instrumentalisée par ceux et celles qui s'opposaient à la prise en charge de notre destin national. Il ne m'appartient pas de juger M. Morin. On comprend quand même le désespoir qui habita René Lévesque dans les derniers moments de sa vie.
Quelle tristesse! La première grande défaite des souverainistes ne fut donc point le référendum de 1980 mais bien ce changement machiavélique au programme du Parti québécois qui nous attachait carrément les mains dans le dos.
Il presse aussi que nous sortions de cette camisole de force que constitue la Loi fédérale sur la clarté. Ce n'est pas à la chambre des Communes du Canada de définir la façon dont le peuple québécois désire s'affranchir et atteindre la pleine liberté politique. Nous, Québécois, n'accepterons pas que notre Assemblée nationale soit subordonnée à une autre chambre d'assemblée.
Il faut aussi réparer le tort fait à la cause souverainiste québécoise par les fédéralistes et leur programme vicieux des commandites. Pendant une décennie, ils ont tenté d'acheter la conscience québécoise. Par l'entremise du Prix du gouverneur du Canada, ils ont soudoyé nos artistes, nos créateurs, nos hommes de sciences afin d'en faire des perroquets serviles à leur cause.
À l'élection générale de 1970 et à celle de 1973, les fédéralistes avaient accepté les règles du jeu d'une élection qui aurait fait du Québec un pays si le Parti québécois l'avait emporté.
Pierre Bourgault n'avait-il pas déclaré que le PQ était beaucoup plus intéressé à remporter l'élection de 1976 qu'à faire la souveraineté? Les événements lui ont donné raison.
Il faut redonner à l'Assemblée nationale du Québec la maîtrise d'oeuvre de notre destin politique. Allons, Québécois, Québécoises, ayons le courage de nos convictions! Élisons des députés de tous les partis politiques et de toutes les tendances qui, à notre Assemblée nationale, se lèveront et voteront pour le pays du Québec. Nous avons un système uninominal à un tour d'inspiration britannique. Ce système fait l'envie du reste de la planète pour sa stabilité politique ainsi que pour sa flexibilité qui permet de changer de gouvernement aux quatre ans. Notre système électoral est un modèle pour les autres peuples qui s'en inspirent.
On a eu recours à notre expertise dans plusieurs élections dans différents pays. Soyons-en fiers. Faisons de la prochaine campagne électorale le moyen de faire du Québec notre pays.
Donnons en héritage à la génération suivante un pays, le Québec qu'elle mérite!
Denis Julien : Lotbinière, le 18 mai 2006
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