date : 2006/06/12
titre : Pour une démarche citoyenne plutôt qu'un référendum précipité
auteur : Robert Dutrisac
source : Le Devoir 

Pour une démarche citoyenne plutôt qu'un référendum précipité

Trois députés péquistes signent avec des leaders autonomistes un texte qui va à l'encontre du programme du Parti québécois

Dutrisac, Robert

Québec - Les péquistes qui s'imaginent qu'un référendum peut se tenir rapidement après la prise de pouvoir du Parti québécois (PQ) doivent revoir leur position et accepter qu'une large consultation «citoyenne» non-partisane se tienne sur la question nationale. Les péquistes doivent aussi envisager que cet exercice démocratique ne conduise pas à un référendum sur la souveraineté mais débouche plutôt sur la voie autonomiste si c'est le souhait de la majorité.

C'est ce qu'a soutenu, en substance le député de Borduas, Jean-Pierre Charbonneau, au cours d'un entretien accordé au Devoir, alors qu'un texte du nouveau collectif Québec-Plus Démocratie est rendu public (voir page A 7). Dans ce texte, les signataires, dont deux autres députés péquistes, Daniel Turp et Jonathan Valois, des adéquistes comme Jean Allaire, des membres de Québec Solidaire comme Paul Cliche, le chef du Parti vert du Québec, Scott McKay, ainsi que Me Julius Grey, estiment que le PQ n'a pas le monopole de la question nationale. Ils proposent que la population du Québec, du moins les Québécois qui jugent que le statu quo ne peut durer, soit conviée à une démarche démocratique confiée à un organisme «non partisan ou transpartisan», afin de dégager une majorité en faveur d'une solution à la question nationale, pas nécessairement la souveraineté.

«La réponse du citoyen, on ne la connaît pas d'avance», a souligné M. Charbonneau. «Si on veut sortir de l'impasse, il faut ratisser plus large que les péquistes et que les souverainistes.»

«Ça ne peut pas être rapidement», a dit le député de Borduas, en faisant référence au programme du PQ, adopté en juin 2005, qui stipule qu'un référendum sur la souveraineté se tiendra le plus rapidement possible dans le mandat. «Il y en a qui ont juste vu "le plus rapidement possible" et ils ont oublié le "possible". Et le possible, à mon avis, passe par un exercice de démocratie directe».

Base non partisane

Il ne s'agit plus de «sortir, parler, convaincre», une formule conçue du temps de René Lévesque et recyclée par Bernard Landry. «Le pari, c'est qu'on va construire une majorité par le fait qu'on va permettre aux citoyens de s'exprimer plutôt que de contribuer à penser que cette majorité viendra parce qu'on va convertir les citoyens», en utilisant de la «propagande» ou en usant de pédagogie, estime M. Charbonneau.

Le député a rappelé que lors du référendum de 1995, «on avait convenu que la question nationale devait être réglée sur une base non partisane», comme en témoignait l'union du PQ et de l'Action démocratique du Québec (ADQ). Ce dialogue n'existe plus entre autonomistes et souverainistes. «Il n'y a pas d'espace de dialogue avec les gens qui sont contre le statu quo et qui ne sont pas souverainistes ou qui veulent donner une autre chance au fédéralisme», a signalé M. Charbonneau. Il croit qu'une démarche «citoyenne» à laquelle participeraient de simples citoyens et non pas seulement leurs représentants ou des porte-parole de la société civile permettrait de nouer ce dialogue.

Depuis quelques années, Jean-Pierre Charbonneau se fait le promoteur d'une telle démarche de démocratie participative appliquée au règlement de la question nationale. Mais c'est la première fois qu'il reçoit autant d'appui à l'extérieur du PQ.

Dans le nouveau programme du parti, les militants péquistes ont adopté une proposition voulant que le PQ entreprenne après son élection un «profond exercice de démocratie participative». Mais contrairement à ce que propose le collectif Québec-Plus Démocratie, le PQ garderait la main haute sur cette démarche.

Un référendum... si nécessaire

Pour Jean Allaire, un des fondateurs de l'ADQ, cette démarche ne doit pas être le fait d'un seul parti politique «qui a, qui plus est, comme option la séparation du Québec». À ses yeux, la proposition du collectif Québec-Plus Démocratie va dans le sens contraire de la précipitation, manifestée dans le programme péquiste, à tenir un référendum sur la souveraineté le plus rapidement possible. «On ne sait pas quel va être le consensus», a prévenu M. Allaire.

«Si les gens disent: "nous ne voulons pas en entendre parler [de la question nationale]", c'est une option qui est valable également.» Les citoyens pourraient aussi dire qu'il ne veulent pas d'un autre référendum pour le moment ou qu'ils ne veulent pas «d'une courte victoire», a fait observer M. Allaire.