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date : 2006/06/12 titre : Comme au PLQ auteur : Michel David source : Le Devoir
Comme au PLQ
Après s'y être opposés de façon unanime, les délégués au dernier conseil général du PLQ s'étaient inclinés piteusement devant la décision de vendre une partie du mont Orford à un promoteur privé.
Encore une fois, cette docilité caractéristique des militants libéraux semblait illustrer toute la différence avec leurs vis-à-vis péquistes, que le moindre déplacement de virgule dans le programme du parti faisait monter aux barricades.
En fin de semaine, le nouveau PQ d'André Boisclair a démontré qu'il était parfaitement capable d'adapter ses principes aux exigences électorales. Dans le programme adopté il y a un an, on promettait clairement de «déduire de façon importante les subventions aux écoles privées». Hier, à Saint-Hyacinthe, le conseil national l'a catégoriquement exclu. Marc Laviolette peut bien refuser de le voir, mais le fait demeure: comme les libéraux, le PQ vient d'effectuer une spectaculaire volte-face sur une question à haute teneur symbolique.
Évidemment, tout le monde ne réussit pas à se retourner sur un dix sous du premier coup. Le député de Vachon, Camille Bouchard, qui a toujours cru à la nécessité d'en finir avec l'écrémage pratiqué par l'école privée, n'avait pas encore mesuré toute la souplesse idéologique du nouveau PQ.
D'ailleurs, comment l'en blâmer? On l'avait autorisé à rédiger et à défendre un «cahier d'animation» qui reformulait simplement de façon moins agressive les dispositions du programme relatives à l'école privée en les étendant à la catégorie plus générale de l'école dite «sélective».
On peut facilement comprendre la direction du PQ d'avoir voulu éviter un débat aussi déchirant à l'approche des élections, mais elle a fait preuve d'un amateurisme navrant. Peu importe la façon d'aborder la question, le caractère explosif d'un débat sur l'école privée sautait aux yeux. Le document de M. Bouchard n'a tout de même pas pu échapper encore une fois à l'attention du bureau de M. Boisclair, comme le guide pédagogique du Conseil de la souveraineté! Le nouveau conseil spécial du chef péquiste, Daniel Audet, a beaucoup de pain sur la planche.
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Le réalisme politique a néanmoins ses limites. Il faut reconnaître que le député de Richelieu, Sylvain Simard, a fait preuve de courage en remettant en question le dogme du gel des droits de scolarité, qui nuit considérablement au financement des universités. Il a aussitôt été cloué au pilori par le comité des jeunes.
Comme Pierre Marc Johnson il y a vingt ans, André Boisclair a fait de l'aile jeunesse de son parti une sorte de garde prétorienne, mais il y a un prix à payer pour cette protection. À Saint-Hyacinthe, les jeunes arpentaient les corridors en exhibant leurs muscles, l'air de dire: «Nous sommes les nouveaux maîtres».
La transformation presque physique du PQ était frappante lors de ce premier conseil national depuis l'arrivée du nouveau chef. Dans son discours de vendredi, M. Boisclair s'est réjouit que dans certaines régions, plus de la moitié des membres des exécutifs de comté sont des nouveaux venus. Chose certaine, les têtes étaient beaucoup moins grises qu'auparavant.
M. Boisclair doit une fière chandelle à Bernard Landry qui, avant de partir, a fait en sorte de modifier du tout au tout la dynamique des instances du parti pour assurer un peu de tranquillité au chef du parti.
Alors que les quatre conseils nationaux annuels se transformaient immanquablement en autant de séances de torture, il n'y aura plus que deux conseils nationaux thématiques qui, à en juger par celui de la fin de semaine, ronronneront paisiblement. Les débats déchirants provoqués par les résolutions à caractère politique se tiendront désormais dans le huis des deux conférences annuelles des président(e)s. Même les libéraux ne vont pas jusque-là.
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La dynamique interne d'un parti politique est une chimie délicate. Après avoir si souvent reproché au PQ un manque de maturité, je serais mal venu de lui reprocher aujourd'hui de faire preuve de réalisme, mais un projet aussi exigeant que la souveraineté nécessite toutefois une bonne dose d'idéalisme.
Camille Bouchard n'est peut-être pas la tête la plus politique du PQ, mais son désir de faire du Québec une société plus juste et plus généreuse ne fait aucun doute. En fin de semaine, il était un peu triste de le voir sacrifié sur l'autel de la realpolitik.
Il y a déjà un certain temps que, par petites touches, André Boisclair s'emploie à se donner une certaine marge de manoeuvre par rapport à un programme qui lui a été imposé. Les engagements en matière d'éducation qu'il a dévoilés en fin de semaine peuvent s'inscrire indifféremment dans un programme de pays ou de province. Il a même prévu les raisons qui pourraient l'empêcher de les tenir. Jean Charest n'avait pas pensé à cela à l'époque.
La plate-forme électorale ne sera pas dévoilée officiellement avant le conseil national spécial qui doit obligatoirement se réunir après l'émission des brefs d'élections, mais une version préliminaire devrait être complétée d'ici la fin du mois. Il ne sera évidemment pas question de renoncer à tenir un référendum, mais un éventuel gouvernement péquiste y trouvera amplement matière à s'occuper au cas où cela prendrait plus de temps que prévu. Il reste à voir si on peut se comporter comme les libéraux, sans nécessairement faire ce que font les libéraux.
mdavid@ledevoir.com
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