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date : 2006/05/25 titre : Le « nouveau » PQ auteur : Michel David source : Le Devoir
Le « nouveau » PQ
Il suffit de prononcer le nom de Lucien Bouchard pour constater que les divergences idéologiques qui divisaient le Parti québécois à l'époque où il en était le chef sont toujours aussi vives dans le « nouveau » PQ d'André Boisclair.
Mardi, Le Devoir a publié un texte du député péquiste de Richelieu, Sylvain Simard, qui dénonçait le « révisionnisme » des « vociférateurs » du SPQ libre, nommément son président, Marc Laviolette, et son secrétaire, Pierre Dubuc, selon lesquels les années de pouvoir de M. Bouchard ont été rien de moins qu'un désastre, qu'il s'agisse de son obsession du déficit zéro, qui a détruit la grande coalition souverainiste de 1995, ou de son refus de tenir un match référendaire revanche.
Dans leur diatribe du 10 mai dernier, également publiée dans Le Devoir, ils s'en prenaient du même souffle au Manifeste pour un Québec lucide, un « pur épouvantail » qui « agite le spectre de la dette, comme M. Bouchard l'avait fait avec le déficit ».
« Ces propos ne reflètent en rien l'opinion des membres du Parti québécois et manifestement d'une partie importante de la population », écrit M. Simard, selon qui l'histoire reconnaîtra M. Bouchard comme un des grands premiers ministres qu'aura eus le Québec.
Quand au Manifeste pour un Québec lucide, M. Simard estime qu'il faut savoir gré à M. Bouchard « et à son groupe d'avoir lancé un débat public qui nous force tous à être plus rigoureux dans nos opinions et nos choix ».
M. Simard a sans doute raison de dire que le SPQ libre n'est pas représentatif des membres du PQ. En revanche, lui-même s'est toujours fait le porte-parole fidèle et empressé de ses maîtres successifs. Cette fois encore, on peut donc supposer que ses propos traduisent fidèlement la pensée d'André Boisclair. Dans d'autres circonstances, il aurait très bien pu souscrire au plan des lucides.
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MM. Laviolette et Dubuc ont tout à fait raison de souligner que le remboursement de la dette relève du même esprit que le déficit zéro. Si l'équilibre des finances publiques était essentiel au maintien des services publics, comme le soutient M. Simard, le même raisonnement vaut pour la dette. Il y a là une question de fond.
Le PQ a qualifié de poudre aux yeux le Fonds des générations créé par le gouvernement Charest, mais ni le programme du PQ ni l'étude sur les finances d'un Québec souverain ne précisent ce qu'il adviendrait de la dette sous un gouvernement péquiste.
Le SPQ libre dénonce également le dégel des frais de scolarité que prônent les lucides, mais la « gratuité complète » à moyen terme que vise officiellement le PQ peut-elle vraiment s'inscrire dans les choix plus rigoureux dont parle M. Simard?
Il y a dans le programme une sorte de malentendu qu'on peut entretenir un certain temps dans l'opposition mais que l'exercice du pouvoir forcera inévitablement à dissiper un jour ou l'autre.
Fort de son statut de « club politique » autonome au sein du PQ, le SPQ libre défend d'abord et avant tout la cause du syndicalisme, qu'il a réussi à faire reconnaître dans le programme comme la « voie privilégiée » vers une société plus juste et plus heureuse. Un gouvernement qui souscrirait à cet axiome s'imposerait évidemment certaines obligations.
Ainsi, on peut lire dans le programme que le PQ entend « améliorer les lois protectrices des travailleurs, syndiqués ou non ». On pourrait facilement interpréter cet énoncé comme un engagement à restaurer l'article 45 du Code du travail dans son intégralité pour contrer la prolifération de la sous-traitance. Si M. Boisclair refuse de s'y engager maintenant, comment penser qu'il le fera s'il devient premier ministre?
On ne peut pas reprocher à M. Boisclair de ne pas céder à tous les lobbys, syndicaux ou autres. Il faudrait plutôt l'en féliciter. Il est déjà assez difficile de gouverner sans se lier les mains. Au lendemain des élections, M. Boisclair pourrait toutefois se retrouver devant un dilemme cornélien: se lancer tête baissée dans un référendum suicidaire ou achever de dissoudre la coalition souverainiste en gouvernant.
Le SPQ libre reproche à Lucien Bouchard de ne pas avoir profité des « conditions gagnantes » créées par la quasi-victoire de 1995 pour précipiter la tenue de nouvelles élections générales et d'un autre référendum. Il est bien possible qu'il ait raté une occasion unique, mais les conditions risquent d'être nettement moins favorables pour M. Boisclair.
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L'autre aspirant au statut de « club politique », le Mouvement pour une élection sur la souveraineté (MES), qui voudrait qu'un gouvernement péquiste fasse des « gestes de rupture » avec le Canada avant même la tenue d'un référendum, a salué la publication du texte du SPQ libre faisant le procès de M. Bouchard.
Vendredi dernier, l'exécutif national du PQ a rejeté sa requête, comme M. Boisclair l'y avait invité, et il est douteux que la conférence des présidents renverse cette décision l'automne prochain. Peu importe, le débat va se poursuivre, a assuré le président du MES, Sacha Gauthier, un « pur et dur » notoire.
Le danger est que les opposants à la ligne officielle du parti prennent le maquis, comme M. Gauthier l'expliquait dernièrement à ma collègue Kathleen Lévesque, du Devoir, qui avait découvert que lui-même militait sous deux identités différentes. Au comité souverainiste de l'UQAM, on le connaissait plutôt sous le nom d'Alexandre Masson.
« Ce sont des guerres intestines. Si vous voulez défendre votre pays là-dedans, c'est le maquis. Il faut user d'imagination », a plaidé M. Gauthier-Masson. L'incident peut sembler anodin, mais il est révélateur du climat qui règne au sein du « nouveau » PQ.
Pendant des années, les militants péquistes ont pesté contre l'autoritarisme de Lucien Bouchard. Cependant, à ce que je sache, personne n'avait encore senti le besoin de changer d'identité.
mdavid@ledevoir.com
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