date : 2004/08/30
titre : Le choix d’un-e chef
auteur : Michel Venne
source : Le Devoir

Le choix d’un-e chef

Au fond, Pauline Marois a bien fait. En jetant cette bombe sur le Parti québécois, elle a libéré la parole. La sienne, d’abord. En demandant une course à la direction, elle force le jeu. Bernard Landry a inauguré, vendredi, « le temps des choix ». En sortant de l’ombre, Mme Marois offre aux partisans un choix réel.

Les idées n’ont pas d’existence autonome. Elles ne sont rien sans la volonté et l’énergie de porte-parole qui leur donnent vie. C’est le rôle que doit maintenant incarner l’aspirante. Elle joue gros. Elle le sait. Il lui incombe maintenant de montrer que son coup d’État n’était pas qu’un coup de gueule. Sa sortie lui confère une responsabilité.

Et une longueur d’avance sur un François Legault qui s’est réfugié derrière le règlement. L’une des caractéristiques d’un chef est de savoir prendre des risques calculés. On prétend que Mme Marois est isolée. C’est le propre d’un chef de se trouver, dans les moments difficiles, seul face à sa conscience, face à son peuple, face à son destin.

Les échos provenant des rangs péquistes donnaient raison à M. Landry. La majorité des membres souhaitaient qu’il reste et, puisqu’il conserve le goût du combat, sa décision de continuer était légitime et fondée. Ses succès auprès des militants s’expliquent, entre autres chose, par la comparaison avec ses adversaires putatifs. En clair, la majorité ne voyaient pas en quoi les deux autres étaient meilleurs que lui.

Vendredi, Mme Marois s’est offert dix mois, d’ici au congrès de juin 2005, pour prouver qu’elle peut offrir mieux que le chef actuel et, donc, qu’une course au leadership vaut la peine d’être vécue. C’est ce que l’on attend d’elle désormais. La comparaison portera sur trois tableaux: le leadership, la gouverne, la souveraineté.

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En politique partisane, les personnalités sont aussi importantes que les idées. Le rôle du chef est crucial. Avant même de connaître son opinion, on juge son aptitude à diriger, de deux manières: par son attitude, son discours, son comportement dans la controverse; par sa capacité à mettre d’autres hommes et femmes en mouvement.

Chaque moment clé de la vie politique des prochains mois sera l’occasion de juger, en comparaison, le leadership de l’un et de l’autre. Le drame actuel est l’une de ces situations. La publication de la lettre de Monsieur en était une autre.

Pour démontrer qu’elle a l’étoffe d’un chef, Mme Marois devra faire davantage. Elle a déclenché une guerre au sein du parti. Si elle perd cette guerre, elle aura tout perdu. Saura-t-elle mobiliser, autour d’elle et à visage découvert, d’autres députés, des bureaux locaux, des militants? Saura-t-elle recruter de nouveaux membres?

Le jeu politique est cruel, car la réussite de Mme Marois tient dans la défaite de son chef actuel. Elle aura gagné son pari seulement si M. Landry obtient moins de 80 % d’appui lors du vote de confiance auquel il se soumettra en juin prochain et s’il tire les leçons de ce résultat.

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La bataille se joue également sur le front des idées, en particulier la conception de la gouverne. Sur cet aspect, les deux adversaires défendent des positions opposées. M. Landry reste mais « certainement pas pour gouverner provincialement », dit-il. Il s’est engagé auprès des membres à les mener à l’indépendance nationale en tenant un référendum aussitôt que possible après sa réélection. S’inspirant de François Legault, il a ajouté, samedi, que le PQ devait aussi « dessiner la maquette du Québec souverain », dire aux Québécois en quoi la souveraineté va changer leur vie.

Mme Marois est d’accord. Mais elle ajoute une autre dimension. Les prochaines élections ayant pour objet d’élire un gouvernement provincial disposant déjà de pouvoirs indéniables, le PQ, dit-elle, doit s’inscrire dans les débats sur les différents enjeux que connaît le Québec et offrir aux électeurs un programme de gouvernement.

La semaine dernière, lors de son passage à l’Université du Nouveau Monde, plusieurs jeunes ont dit à M. Landry: la souveraineté, peut-être. Mais qu’en est-il de l’environnement, de la lutte contre la pauvreté, des effets de la mondialisation, des institutions démocratiques?

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L’une des raisons qui poussent M. Landry à rester est sans doute qu’il croit Mme Marois capable de se contenter d’un « bon gouvernement » sans mener à son terme le projet de souveraineté. Cette perception est un boulet au pied de la prétendante. L’ennui pour M. Landry est que plusieurs militants pensent la même chose de lui, l’ayant vu jongler avec l’union confédérale, « tabletter » les études dont il avait commandé la mise à jour et jouer la carte du déséquilibre fiscal. La récente sortie de M. Parizeau n’était pas fortuite.

Les positions respectives sont, sur ce front, assez bien campées. M. Landry offre un référendum. Mme Marois, un plan de préparation accompagné de « gestes de souveraineté » jusqu’au moment décisif de la consultation populaire.

Ici, le meilleur chef est celui qui saura gagner le coeur des militants en même temps que l’estime de l’ensemble des électeurs.

L’effet Parizeau ne sera pas négligeable sur cette course officieuse. Je ne sais où en est l’ancien chef à cet égard. Mais lorsqu’il a annoncé sa démission comme premier ministre, en 1995, il avait préféré Mme Marois à M. Landry aux Finances. Et lorsqu’on l’avait interrogé sur sa succession, il avait répondu: « Pourquoi pas une femme? »

C’est vraiment le temps des choix au Parti québécois.

michel.venne@inm.qc.ca