date : 2004/04/20
titre : Pour sortir du carcan fédéral
auteur : Pauline Marois
source : Le Devoir

Pour sortir du carcan fédéral

Un plan de match pour le Québec

Tous les souverainistes et les progressistes doivent rallier le Bloc québécois pour que le Québec ait une voix forte au Parlement fédéral

Pour qui veut bien regarder la réalité en face, le Québec n’a plus rien à espérer du fédéralisme canadien. Le déséquilibre fiscal étrangle le Québec. Le dernier budget du gouvernement de Paul Martin renvoie aux douches tous ceux qui croyaient encore que le Canada pourrait prendre en considération les besoins des Québécoises et des Québécois.

Comme M. Chrétien avant lui, Paul Martin suit son idée : bâtir la nation canadienne en gardant sous tutelle la nation québécoise. Cette orientation exclut tout compromis permettant au Québec de respirer et de gérer ses responsabilités en éducation, en culture, en santé, en développement économique et social.

Inutile de s’en plaindre : il nous faut notre propre plan de match pour sortir du carcan fédéral. Comme diraient mes fils : un plan de match en quatre «quarts», comme au football. Premier quart : l’élection du Bloc québécois. Deuxième quart : un projet de société pour gouverner. Troisième quart : un mandat pour préparer la souveraineté. Quatrième quart : un référendum sur la souveraineté.

1er quart : l’élection du Bloc

J’invite tous les souverainistes et les progressistes à rallier le Bloc québécois pour que le Québec ait une voix forte au Parlement fédéral. Le scandale des commandites, débusqué par le Bloc québécois, prouve hors de tout doute que les libéraux ne défendent pas les intérêts du Québec. Mêmes les ministres libéraux élus au Québec affirment n’avoir rien vu, rien su, rien dit pour empêcher ce gaspillage des fonds publics qui visait explicitement à enfoncer le Canada dans la tête des Québécois. Tous les députés libéraux ont respecté la loi du silence. Cent millions ont disparu et aucun d’entre eux n’est responsable! Les citoyens doivent lancer un message clair lors de la prochaine élection et rejeter cette façon de faire de la politique.

Le Québec doit compter sur l’équipe du Bloc québécois de Gilles Duceppe pour surveiller l’utilisation des impôts québécois par le gouvernement canadien, pour défendre les citoyens du Québec dans tous les domaines de compétence fédérale et pour empêcher le parti de Paul Martin d’envahir les champs de compétence québécoise.

Comme nous ne sommes pas souverains et que nous n’avons pas notre place au sein des instances internationales, nous avons besoin d’un parti souverainiste à Ottawa pour exprimer les positions du Québec sur les questions cruciales qui bouleversent le monde et qui concernent chaque nation.

2e quart : un projet de société pour gouverner

C’est incontournable : il faut que le Parti québécois soit élu pour qu’un référendum sur la souveraineté ait lieu. Et j’en suis convaincue, notre formation politique sera élue en 2007 si elle gagne la confiance des Québécois et des Québécoises en tant que parti de gouvernement porteur d’un projet de société progressiste afin d’offrir une véritable solution de remplacement sociale, économique et démocratique au gouvernement Charest. Pour moi, cela signifie que le Parti québécois doit renouveler son programme social-démocrate.

Je suis aussi convaincue que le cadre fiscal actuel ne permet pas au Québec de répondre aux besoins d’une population qui doit faire face au vieillissement et, surtout, aux exigences de l’économie globale en ce qui a trait à l’éducation et au soutien à l’innovation. Un nouveau programme de gouvernement démontrera nécessairement que les Québécoises et les Québécois doivent maîtriser tous leurs impôts, faire toutes leurs lois et signer eux-mêmes tous leurs traités internationaux.

Cela implique de revaloriser le rôle de l’État. À quoi servirait, en effet, d’être souverain si c’est pour laisser la loi du marché et les forces de la mondialisation décider du genre de société dans laquelle nous voulons vivre. Le gouvernement québécois est un levier fondamental pour faire progresser notre culture, soutenir nos écoles, nos collèges, nos universités, nos services de santé, appuyer les parents, protéger notre environnement, développer notre territoire.

Il faut certainement améliorer l’efficacité de l’État que nous avons bâti pour assurer l’accessibilité aux services publics et pour développer notre pays. Mais préservons son rôle fondamental en tant qu’expression de la volonté démocratique et de la solidarité. Donnons-nous un programme qui exprime clairement nos engagements envers la population du Québec. Redonnons-lui confiance dans ses institutions démocratiques, dans son État.

3e quart : préparer la souveraineté

De tous les débats en cours sur la meilleure façon de convaincre le peuple québécois de choisir son indépendance, je retiens qu’il faut être plus clair quant aux actions qu’entreprendra un gouvernement du Parti québécois. L’élection doit lui donner le mandat de travailler de façon transparente à l’élaboration d’un projet de pays.

Dès les premiers jours, un gouvernement du Parti québécois fera deux gestes. Premièrement, la formation d’une assemblée constituante qui rédigera un projet de Constitution d’un Québec souverain. Cette assemblée sera composée d’un nombre égal d’hommes et de femmes représentant la société civile, appelés à définir les valeurs communes, les principes fondamentaux et les institutions politiques du Québec.

Je crois primordial d’assurer la participation de la société civile à la définition des valeurs fondatrices et de la vision de notre pays. La souveraineté n’appartient pas à un seul parti; elle appartient au peuple. Le Parti québécois doit être plus que jamais le fer de lance d’une vaste coalition pour convaincre une grande majorité de nos concitoyens de choisir le Québec comme pays.

Nous ne devons pas nous contenter d’un simple exercice comptable qui résume la souveraineté à une colonne de revenus et à une colonne de dépenses. Un pays, c’est beaucoup plus que ça! Un pays, c’est la volonté d’un peuple de se prendre en main et de se gouverner en toutes choses par le moyen d’institutions démocratiques, transparentes, responsables et efficaces.

Deuxième geste : la création d’un ministère de l’Accession à la souveraineté sous la responsabilité directe du premier ministre. Ce ministère mettra en place les mesures appropriées pour faciliter la transition et veillera à ce que chacun des ministères se dote d’un plan d’action qui répond à tous les besoins du Québec sans se restreindre au cadre fédéral actuel.

Tout en assumant ses responsabilités envers la population, le gouvernement du Parti québécois fera donc à chaque jour, de façon continue, les gestes de souveraineté nécessaires pour construire les assises de notre pays. Ainsi, nous affirmons clairement qu’un gouvernement du Parti québécois ne se limitera pas à gérer une province, mais préparera l’accession à la souveraineté.

4e quart : un référendum

Au terme de cette démarche, un gouvernement du Parti québécois sera vraiment prêt pour le quatrième quart : la tenue d’une consultation populaire et démocratique sur la souveraineté. Il présentera alors au peuple québécois un projet de pays incarné dans une constitution qui exprimera les valeurs d’un Québec souverain et ses engagements fondamentaux. Il sera équipé d’un plan gouvernemental expliquant la transition vers la souveraineté. Il aura rebâti une coalition des forces souverainistes encore plus large que celle de 1995. Le gouvernement du Québec sera alors appuyé par des hommes et des femmes de toutes origines et de toutes conditions qui veulent créer un nouveau pays en Amérique du Nord.

La souveraineté n’arrivera pas toute seule, comme un fruit bien mûr tombant de l’arbre. La souveraineté se réalisera par la force de la volonté, en agissant dès aujourd’hui et en toutes choses comme un peuple souverain. Chaque jour, partenaires de la souveraineté du Québec, militants des partis souverainistes, députés du Parti québécois et du Bloc québécois, nous devons faire les gestes de souveraineté qui nous rapprochent de notre pays. Et le premier de ces gestes est de faire élire massivement le Bloc québécois. J’y travaillerai avec tous ceux et toutes celles qui veulent agir maintenant pour la souveraineté.

Pauline Marois : Députée de Taillon