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date : 2003/12/02 titre : Un gouvernement péquiste déphasé, une confiance à rétablir auteur : Jean-Claude St-André source : Le Devoir
Un gouvernement péquiste déphasé, une confiance à rétablir
Le 14 avril dernier, nous, du Parti québécois, avons perdu l'élection. Cette défaite signifie que nous avons perdu la confiance de la population. Ce n'est pas rien. De plus, le Parti québécois a enregistré alors son pire résultat électoral depuis 1973!
Quelle que soit l'interprétation que nous puissions faire de notre contre-performance du 14 avril dernier, nous devrons admettre que l'insatisfaction à l'endroit de notre gouvernement était palpable, surtout dans l'année précédant le scrutin. Le gouvernement était déphasé par rapport aux attentes de la population.
Il n'en a pas toujours été ainsi. La plupart du temps, surtout sous la direction de René Lévesque et de Jacques Parizeau, le Parti québécois a proposé et incarné une vision d'avenir du Québec qui a suscité beaucoup d'espoirs, beaucoup d'attentes dans la population. Des aspirations de liberté, de justice sociale, de solidarité et de démocratie... Il n'y a aucune autre formation politique au Québec qui a soulevé autant d'espoir de changements que le Parti québécois au cours de ces 30 dernières années. Nous avions fixé la barre haute, très haute!
Oui, nous avons fait des changements valables. Je pense au financement des partis politiques, à l'assurance automobile, à la Charte de la langue française, à la création des Centre à la petite enfance, à l'assurance médicaments... et j'en passe. Mais nous avions des ambitions encore plus grandes pour le Québec et les Québécois... Des ambitions qui ont suscité des attentes légitimes. Des ambitions non réalisées. Beaucoup d'attentes, beaucoup de déceptions... Voilà pourquoi nous avons perdu le 14 avril.
Erreurs et vision
Un exercice de lucidité s'impose et le passage obligé à l'opposition devrait nous permettre de le faire. Cet exercice de lucidité doit commencer par l'admission et la compréhension des erreurs que nous avons commises alors que nous étions au pouvoir. Voilà la première condition à remplir pour rétablir la confiance avec les Québécois.
Ce ne sera pas suffisant. Il faudra surtout proposer aux citoyens un programme de gouvernement cohérent, audacieux, emballant. Au-delà de l'indépendance du Québec, c'est une vision, un projet de société que nous devrons proposer. Une société au sein de laquelle le pouvoir politique primera le pouvoir économique; où le développement humain passera toujours avant la rentabilité financière; où le partage de la richesse aura raison de la pauvreté et de l'exclusion. Il faudra proposer à la population les changements qu'elle espère encore, alors qu'elle a perdu confiance dans les institutions démocratiques et dans les partis politiques.
Et encore, proposer un programme de gouvernement audacieux ne sera pas suffisant... Nous devons lutter contre le désabusement, le scepticisme et le cynisme généralisé, non seulement à l'endroit des politiciens mais du monde dans lequel nous vivons.
Notre monde change... Il change trop vite. Il change sans nous demander notre avis. Trop peu souvent pour le mieux... Nous vivons à une époque où les progrès scientifiques et technologiques sont remarquables. Jamais nous n'avons été aussi riches. Mais pourtant, jamais les écarts entre les plus riches et les plus pauvres n'ont été aussi grands. Jamais nous n'avons eu aussi peu d'enfants. Jamais l'environnement n'a été aussi menacé. Jamais la paix dans le monde n'a été aussi fragile. Jamais la propagande n'a été aussi puissante que maintenant.
Dans un monde en changement rapide, souvent violent, devant des changements que nous déplorons et subissons, l'«ordre du monde» nous dit que nous ne pouvons faire autrement, que nous devons nous adapter, que seul l'individu peut réussir, et que, collectivement, nous sommes des incapables et des impuissants.
À cela, dans un texte publié dans Le Devoir le 23 octobre dernier, et signé par tous les députés du Parti québécois, nous avons répondu: «Vivre ensemble: le mieux possible plutôt que le moins possible». Nous avons énoncé clairement les valeurs qui animent notre engagement en politique. Je cite: «Le Parti québécois est un parti progressiste, un parti animé par une passion pour la justice sociale qui l'éloigne des prescriptions de la droite. Ses membres se reconnaissent une filiation d'idées et d'approches avec la période de la Révolution tranquille. Il faut désormais s'acharner à actualiser nos valeurs premières dans un contexte de mondialisation où les exigences nationales de protection sociale sont plus importantes que jamais. Dans ce contexte, le Québec peut et doit continuer à marquer sa différence et réaffirmer avec force le rôle indispensable d'un État responsable et dynamique.»
Si nous nous livrons à l'exercice de lucidité qui s'impose à la suite du résultat de la dernière élection, nous devrons admettre que nous n'avons pas toujours respecté nos idées progressistes. D'ailleurs, dans plusieurs mouvements situés à gauche, notamment les syndicats, nous n'étions plus perçus comme un gouvernement de gauche; et nous ne sommes plus perçus comme un parti progressiste. Notre passage dans l'opposition peut nous permettre de redéfinir nos objectifs et ainsi rétablir une relation de confiance avec les éléments les plus progressistes de notre société. Proposons un plan d'action gouvernemental précis, avec un échéancier compris de tous.
Il va de soi que ce plan d'action doit inclure la démarche qui nous conduira à l'indépendance nationale. Je reprends l'essentiel de l'analyse de Sacha-Alexandre Gauthier, vice-président du Parti québécois de Montréal-Centre, intitulée De l'échec de l'étapisme à l'autre voie démocratique publiée sur le site du Parti québécois. Nous ne pouvons plus nous enfermer dans une approche référendaire pour parvenir à l'indépendance, comme nous avons tenté de le faire en 1980 et en 1995. Lors de la prochaine élection, le Parti québécois devra demander un mandat clair pour réaliser l'indépendance du Québec. Aussitôt élu, le gouvernement devra légiférer afin d'enclencher le processus menant à la pleine et entière souveraineté. Une démarche citoyenne et démocratique, où toute la population sera invitée à participer à la construction du pays.
Pour rétablir la confiance, nous devrons rechercher avec ténacité, la participation de tous les citoyens du Québec, quelles que soient leurs origines, dans un processus démocratique, qui nous permettra d'édifier collectivement une nation libre, prospère, généreuse et solidaire.
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