date : 2003/03/22
titre : De l’indépendance à l’« union confédérale »…
auteur : Denis Lessard
source : La Presse

De l’indépendance à l’« union confédérale »…

Nouvelle étiquette, ancien produit. « L’union confédérale », la nouvelle formule pour décrire le lien entre le Canada et un Québec éventuellement souverain est apparue subitement il y a quelques jours dans la plateforme électorale du Parti québécois.

Pas de génération spontanée. Elle germait en serre chaude depuis des mois. On l’avait vue pointer, fin janvier 2001, quand Bernard Landry a annoncé qu’il visait la succession de Lucien Bouchard.

Le changement de formule, qui en temps normal aurait provoqué au PQ de longs débats, fut adopté en un tournemain, en fin de semaine dernière, au Conseil national.

Dans sa plateforme, le parti promet un « plan national de transition vers la souveraineté » doté d’un « calendrier détaillé ». En attendant le référendum, on y fera une proposition de « regroupement des fonctions étatiques », une liste des lois et traités qui devront être prêts une fois le Québec souverain et un projet de « constitution transitoire » en vigueur au lendemain du référendum jusqu’à l’adoption d’une constitution définitive. Finalement, réélu, le PQ promet des « démarches en vue de la participation du Québec à une éventuelle union de type confédéral avec le Canada ».

« Vraiment, la formule importe peu à ce moment-ci. L’important est de gagner les élections. Pour le reste, on verra plus tard, » dit Jean-Claude Saint-André, député de L’Assomption et longtemps collaborateur de Jacques Parizeau, visiblement surpris que l’on puisse s’interroger sur la nouvelle mouture de l’option fondamentale du PQ.

« Un pas en arrière »

Mais la formule ne fait pas l’unanimité. Ténor toujours écouté de l’aile orthodoxe, Pierre de Bellefeuille, député de Deux-Montagnes de 1976 à 1985, réprouve la « distinction byzantine ». « On propose une union confédérale à des gens qui estiment déjà faire partie d’une confédération. Au surplus, on donne l’exemple de l’Europe qui elle-même se décrit de plus en plus comme une fédération! » dit-il. Cette formule, « c’est un pas en arrière », tranche-t-il. Selon lui, Bernard Landry ferait bien mieux de se cramponner à la formule qui, entre toutes, aiguillonne les militants péquistes: « Le Québec sera présent au Sommet des Amériques de Buenos Aires, en 2005! »

Pourquoi les militants ont-il approuvé si rapidement la nouvelle étiquette? Dès qu’il est question de souveraineté, Bernard Landry est, comme Jacques Parizeau, au-dessus de tout soupçon au PQ. « Lucien Bouchard, lui, avait eu une carrière fédérale récente, c’était un converti récent », relève M. de Bellefeuille.

Longtemps président de Montréal-Centre, 14 des circonscriptions les plus militantes au PQ, Mario Beaulieu n’est pas enthousiaste devant le changement d’étiquette. « C’est une façon de présenter la souveraineté pour qu’elle soit moins menaçante, comme lorsqu’on a cessé de parler de séparation pour parler d’indépendance, puis de souveraineté », explique-t-il. Dans la fébrilité d’une campagne électorale, il était acquis qu’il n’y aurait pas d’affrontement pour introduire cette formule. « Cela avait été la même chose en 1998, les « conditions gagnantes » nécessaires à la tenue d’un référendum étaient subitement apparues. « Quand les élections arrivent, ce n’est pas le temps de déchirer des chemises », dit-il. Déjà, l’ancienne conseillère de Bernard Landry sur la souveraineté, Josée Legault, avait répudié le « confédéralisme », un concept « inutilement ambigu, qui crée de la confusion et qui garde les Québécois dans une relation de dépendance envers le Canada ».

Jean-François Lisée, ancien conseiller de Lucien Bouchard, s’était montré « pas très chaud » à la formule « confédérale » de Bernard Landry. « La bonne nouvelle, c’est que M. Landry a dit qu’il y aura un débat là-dessus après les élections », laisse tomber M. Lisée. L’automne dernier, dans L’actualité, il se disait soulagé de voir que cette idée semblait mise au rancart par M. Landry. « Notons la disparition bienvenue du concept d’union confédérale. Paix à ses cendres! » ironisait-il.

En filigrane sous Bourassa

Pourtant, l’idée d’une formule confédérale à l’européenne est depuis longtemps dans le paysage politique québécois. Elle était en filigrane quand l’énigmatique Robert Bourassa, après l’échec de Meech en 1990, évoqua à Bruxelles une « superstructure » pour maintenir les relations politiques entre le Canada et un éventuel Québec souverain. Jacques Parizeau tenta de clouer au sol cette idée, craignant que la souveraineté ne devienne conditionnelle à cette structure. Mais en coulisses, Bernard Landry et Lucien Bouchard estimaient que la formule pouvait faire recette. M. Parizeau rajusta son tir, à la condition que la nouvelle structure accorde au Québec le même niveau de souveraineté que l’Allemagne ou la France au sein de l’Europe.

Longtemps pris à partie par l’aile radicale du PQ pour avoir introduit l’idée du référendum comme passage obligé à la souveraineté, « l’étapiste » Claude Morin reste bien calme devant la nouvelle formule apparue dans le discours du PQ.

Le long chemin tortueux de la souveraineté

1967

Le 4 octobre, René Lévesque démissionne du Parti libéral parce qu’en congrès, son parti refuse d’appuyer le principe d’un Québec « souverain » associé au reste du Canada.

1968

En janvier, publication d’Option Québec, le manifeste du Mouvement souveraineté-association (MSA). On décide fin avril qu’il deviendra un parti politique pour regrouper tous les « indépendantistes ». En octobre a lieu le premier congrès où est choisi le nom Parti québécois pour la formation qui regroupe le MSA et le Ralliement national. Le RIN de Pierre Bourgault s’est dissous deux semaines auparavant et ses membres sont passés au PQ.

1970

Le 29 avril, le PAQ participe à ses premières élections. S’il est élu, il a le mandat de réaliser la souveraineté-association sans passer par un référendum. Le PQ fait élire sept députés.

1973

Élections générales en octobre. Le PQ ne promet toujours pas de référendum avant de réaliser la souveraineté-association. Mais en fin de campagne, le parti distribue un dépliant publicitaire indiquant qu’une consultation populaire aurait lieu avant l’enclenchement de la démarche souverainiste.

1974-1976

En novembre 1974, sous l’impulsion de Claude Morin, le PQ accepte, aux deux tiers des délégués en congrès, de promettre un référendum, dans un premier mandat, avant d’enclencher le processus menant à la souveraineté.

Le 15 novembre 1976, le PQ est porté au pouvoir et René Lévesque forme son premier cabinet La campagne péquiste s’est appuyée sur cinq promesses : le référendum sur la souveraineté, un régime public d’assurance automobile, une loi sur le financement des partis politiques, une politique linguistique et le zonage agricole

1980-1981

Le 20 mai 1980, le PQ perd son référendum, près de 60 % des électeurs refusant de donner au gouvernement le « mandat » de négocier avec le Canada la souveraineté du Québec.

Le 13 avril 1981, le PQ est réélu. Sa position sur la question nationale est floue. On propose toujours la souveraineté-association, mais on ne dit rien d’un autre référendum.

1984

En juin, l’aile orthodoxe du PQ fait adopter au IXe congrès une résolution disant qu’un « vote pour le Parti québécois sera un vote pour la souveraineté du Québec », en dépit de l’opposition de René Lévesque. Le 4 septembre, à Ottawa, Brian Mulroney est élu. René Lévesque demande le même jour à ses ministres d’éviter, jusqu’à la fin de l’année, toute prise de position publique sur l’option fondamentale du PQ. Le 16 octobre, lors du discours inaugural à l’Assemblée nationale, M Lévesque parle du « beau risque » (que constitue l’idée d’accorder une « dernière chance » au Canada). Avec le départ des libéraux de Pierre Trudeau, le Québec peut, selon lui, espérer un renouvellement du fédéralisme. Le 10 novembre, 12 ministres dont Jacques Parizeau, Camille Laurin et Jacques Léonard signent une déclaration commune sur la « nécessaire souveraineté » du Québec. René Lévesque prévient que la souveraineté ne devra être « ni en totalité ni en partie » un enjeu des prochaines élections Un mois plus tard, cinq ministres démissionnent: Jacques Parizeau, Camille Laurin, Jacques Léonard, Gilbert Paquette et Denise Leblanc. Louise Harel se joindra au groupe la semaine suivante.

1985-1987

Le 20 juin 1985, René Lévesque démissionne. Fin septembre Pierre Marc Johnson devient chef du PQ. Il proposera « l’affirmation nationale » du Québec, à l’intérieur du Canada. Le PQ est battu début décembre. En mai 1987, Robert Bourassa signe l’accord du Lac Meech avec tous les autres premiers ministres au Canada. Pierre Marc Johnson démissionne le 10 novembre, 10 jours après le décès de René Lévesque. Jacques Parizeau annonce son retour une semaine plus tard.

1988

Le 19 mars, Jacques Parizeau devient chef du PQ. Il promet que son parti fera la promotion de la souveraineté « avant pendant et après » les élections. Mais devant le peu de popularité de son option, il propose des référendums sectoriels, une stratégie qu’il abandonnera avec l’échec du lac Meech, en juin 1990.

1994-1995

En 1994, le PQ est élu en promettant une « autre façon de gouverner ». M Parizeau promet un référendum « dans les meilleurs délais » après les élections Les stratèges décident de ne pas attendre la fin du mandat.

Dès le printemps 1995, le chef du Bloc québécois, Lucien Bouchard, exige un « virage » du gouvernement Parizeau. Le PQ accepte d’inclure l’idée d’un « partenariat » avec le Canada anglais, en juin. Le référendum aura lieu le 30 octobre. Le OUI est battu de justesse. Jacques Parizeau démissionne le lendemain.

1996-1998

En 1996, Lucien Bouchard devient chef du PQ. Il garde le cap sur la souveraineté-partenariat, mais ajoutera rapidement qu’il faudra réunir les « conditions gagnantes » avant la tenue d’un autre référendum. En 1998, le PQ est réélu, sans s’engager à tenir un référendum dans un prochain mandat.

2001

Des mois de frictions entre Lucien Bouchard et l’aile radicale de son parti l’entraînent à démissionner début janvier. Candidat à la succession, Bernard Landry, dès son premier discours à Verchères, fin février, propose la souveraineté assortie d’une « union de type confédéral sur le modèle européen » comme nouveau rapport avec le reste du Canada

2002

Lors d’un conseil national à Gatineau, Bernard Landry dit qu’il envisage un référendum « dans 1000 jours » afin de permettre au Québec de participer de plein droit au prochain sommet des Amériques, à Buenos Aires, en 2005