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date : 1971/02/28 titre : Texte du discours de Pierre Bourgault - élection de l’exécutif du PQ - 1971 auteur : Pierre Bourgault source : Willie Gagnon
(5 minutes Pierre)
mes chers amis
je voudrais, ce soir, vous parler de trois choses rapidement
sécurité, solidarité et respectabilité
SÉCURITÉ
jusqu’à maintenant, au parti québécois, nous avons tenté, par tous les moyens, de nous donner, face à la population, une image sécurisante
parfois au détriment de l’image de liberté que je crois nous devons incarner
or il faut bien comprendre que la sécurité n’est pas la liberté
à l’intérieur du parti, lorsque nous nous sentons en sécurité, lorsque nous sommes tous à peu près d’accord, bien sûr, cela va relativement bien
mais souvent c’est un signe qu’il n’y a pas cette liberté essentielle de discussion qui nous rend tous un peu moins sécurité... sécuritaires
face au peuple québécois, très souvent aussi, nous avons tenté de lui donner l’impression de la sécurité des vieux partis
bien sûr que voter pour le parti libéral ou pour l’union nationale c’est la sécurité
et, combien de fois n’avons-nous pas tenté de prouver au peuple québécois qu’avec nous aussi c’était la sécurité
alors qu’avec nous, si nous sommes sérieux dans ce que nous avançons, nous savons bien sûr qu’il y a un peu moins de sécurité et pas mal plus de liberté
l’indépendance...
(foule)
l’indépendance que nous tentons de faire, ce n’est pas la sécurité; le statu quo, c’est la sécurité
la démocratie tel que nous tentons de la vivre, ce n’est pas la sécurité; c’est dur, c’est agaçant, c’est harassant par moments, mais c’est ça aussi un parti qui se veut libre
je pense que nous avons le devoir de ne rien cacher à la population de ce que nous croyons nécessaire et vrai
combien de fois reculons-nous devant l’exposé de notre programme parce que nous nous disons que tel ou tel article peut effrayer les gens
à nous de convaincre les gens que cela est nécessaire et vrai
à quoi nous servirait-il d’avoir les meilleures solutions si toujours nous les retenons pour nous-mêmes de crainte d’effrayer quelques électeurs ici ou là
à quoi nous sert-il d’avoir le meilleur parti si nous n’osons pas, partout à travers le Québec, nous présenter tels que nous sommes, sans toujours cacher des idées ou des hommes dans les garde-robes
(foule)
SOLIDARITÉ
je veux parler de la solidarité que nous devons avoir envers tout le mouvement indépendantiste
le parti québécois est le morceau le plus important de ce mouvement mais nous ne sommes pas les seuls
et combien trop de fois nous entendons : « hors du parti point de salut »
or il existe en dehors des (murs), des gens qui militent avec autant de sincérité et d’honnêteté que nous et que nous dénonçons peut-être trop facilement, trop souvent
pourtant nous en profitons, nous profitons de leur travail
je n’en nomme qu’un, qui s’appelle michel chartrand, nous profitons du travail qu’il fait
(foule)
nous profitons du travail qu’il fait, le mouvement indépendantiste profite du travail qu’il fait
et nous n’avons pas le droit, simplement parce qu’il sort de prison, ou que nous ne sommes pas tout à fait d’accord avec ce qu’il dit ou avec la façon dont il le dit, de le dénoncer ou de dire : « michel chartrand, je l’aime bien ‹ oui mais › »
ce « oui mais » me rend malade moi, et je pense qu’on en a assez
(foule)
RESPECTABILITÉ
je suis obligé de terminer très rapidement en vous disant que nous devons refuser de tenter de nous faire une image de respectabilité qui soit l’image traditionnelle des notables, des possédants, des riches et des bourgeois
la respectabilité, ça n’est pas une image
c’est ce à quoi on arrive quand après des années, on se retrouve fidèles à ses objectifs du début, fidèles à ses principes du début et fidèles à ses rêves du début
c’est de cette respectabilité-là que nous devons vivre, nous
voyez-vous, ce qui n’est pas respectable aujourd’hui peut l’être demain
aussi bien chez les hommes que pour les idées
ho chi minh n’était pas respectable il l’est devenu
castro n’était pas respectable il l’est devenu
de gaulles n’était pas respectable il l’est devenu
parce qu’ils sont restés fidèles à leurs rêves de jeunesse
et c’est ce que je voudrais que le parti québécois fasse :
rester fidèles aux rêves qui l’ont enfanté
(foule)
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